DISSONANCES #50 VIVRE !

mai 202674 pages / 9 euros
mise en images : Erick JONQUIÈRE

ÉDITO : Fêter plutôt que tout péter

Vivre ! : un numéro 50 illustré par Erick Jonquière, avec en plus 10 pages d’images et 19 audios (scanner les qr codes) !
Vivre ! Ici pulsations. Là l’instant, et ce poème illogico-apocalyptique, faire chien. Prendre la pause printemps, grelots grelots tout au long de l’open space, vivre au présent, après les garçons morts (réf. Oqweb http, étude préliminaire), puisqu’il faut bien vivre malgré les 50 625 suicides ratés. Ainsi à 17 ans (battement de vie promise plus forte), la boîte de gâteaux et le soir est tout plié. Vivre ! Fragment de la vie d’un chômeur, jour 302, puis de ceux qui tiennent dans des anti-chambres, démarches a minima. Chercher l’échappatoire.
Vivre ! Ici on disperse aussi comme d’habitude, on distincte (∗j’ai bien le droit d’inventer des verbes), on dissovisionne (∗), on distribue, on discurse (∗), c’est-à-dire qu’on dissecte (∗), qu’on disjoncte et qu’on dissidence (∗), qu’on di(s)gresse, qu’on dyschronise (∗), pour terminer avec du bizarre et une deadline (parce qu’il y a des limites, quand même, on finit tous par mourir, idem pour les lignes).
Vivre ! Fêter ce 50e numéro de Dissonances. Depuis 2002, la revue est encore vivante et bien vivante, et l’année prochaine elle n’aura que 25 ans.
Si des psychopathes ne nous explosent pas la planète avant.

Jany PINEAU

DOSSIER « CRÉATION » : VIVRE !

Jean-Pierre ALDON  : Vivre au présent, après les garçons morts
« Il s’est fait choper par une voiture, ou un bus, on ne saura jamais, la légende inventera n’importe quoi, on s’en fout. Stiv est coincé depuis trois heures dans le fauteuil de la salle d’attente. Dans la salle blanche, carrée, qui pue l’hôpital, le temps spirale, il… »

Pascal ARNAUD : grelots grelots
« tout commence toujours / forcément – forcepsement / par une expulsion / dégage ! / barre-toi ! / sors de mon corps (petit) satan ! / une punition en écho(graphie) de la faute / originelle / un rappel à l’ordre des choses du petit chose / humain / qui… »

Malie BERTON-DAUBINÉ  : Pause printemps
« Onze heures moins cinq, par la fenêtre le soleil tout neuf, bonheur pour la peau si longtemps recroquevillée sous les pulls et les manteaux, tant de splendeur donnée avec tant de joie, qui appelle, qui attire et la lumière : ces rideaux de lumière… »

Antonéus BLURP : Démarches a minima
« Ne regarde pas passer les parfums aigres des foules envieuses. Brûle les mépris et menaces des limaces miliciennes. Danse leur un Te Deum païen et joyeux. Hypnotise leur innocence cachée. Barbouille les orages aux couleurs contrepointées des… »

Julien BOUTREUX : 50 625 suicides ratés
« 1. / Un grand bol d’infusion de ciguë / Un festin d’amanites phalloïdes / Se taillader les veines / Un cocktail vodka-mort aux rats / Inhaler une bouteille de butane / Un sac en plastique sur la tête / Une overdose de crack / Foncer dans un mur en béton / Emboucher un…

Bernard DEGLET : L’échappatoire
« Nous voyons le singe approcher, se garer. Vous descendez du singe. Vous regardez autour de vous. Vous ne voyez rien. Respirer vous fait très mal. Vous hurlez. Vous êtes au monde. Vous n’avez rien, vous ne savez rien. Nous sommes là pour vous. Nous nous… »

Charles DESAILLY  : Open space
« L’open space carcéral prend la journée de travail pour une conne, puis la jette dans la corbeille à papier. Un manager se penche sur mon PC dans une séquence baignant dans le formol. Une voix dans le haut-parleur annonce le débriefing. Chaque visage… »

Arnaud DJEN NOËL : Oqweb http, étude préliminaire
« Kisa man ka gadé asiz douvan miwè-a ? / FOUT TONÈ ! / Ma jambe ! jaune ! comme un éclair usagé / Comme Arch ! Bine ! Bô – le cri d’orfraie / que je pousse d’une bouche d’agneau / à même mon génome en cristaux de cendre ! // Oque à toutes racines / à… »

Isa FOUILLET L’IF : Là l’instant
« Ce serait un dimanche où rien n’est à jeter / Ni l’usine / Ni le crayon / Ni les plumes sur le bec / Ni l’immense certitude / D’avoir un peu trop lu entre les néons / Du dansé de la veille / On aurait mangé du poulet frites / On aurait taché la nappe / On aurait… »

Alain GÉRARDOT-PAVEGLIO : À dix-sept ans (battement de vie promise plus forte)
« À dix-sept ans, je reçois, du plus profond, la joie d’épeler mourir. / C’est venu en marchant, comme je passais mon temps ; marcher, une flèche têtue, ignorant sa cible, porté par un élan ébloui, que chacun de mes pas corrigeaient ; traverser le calque déchiré des… »

Brigitte GIRAUD : Le soir est tout plié
« Tourne ces mots pour moi, / des mots qui diraient « voici mon nom, voici mon visage, / voici la voix de mon sommeil, de mes cachettes, / voici mes doutes, voici ma peau ! » / Tourne-les dans ta bouche, / qu’ils deviennent pain d’épice, pain d’épeautre, / pain… »

Nathalie JACQUEMARD : Ceux qui tiennent
« Les murs tenaient encore. / Une lampe pendait à son fil. / Le couloir était plein. / Brancards de travers. / Des draps qu’on avait déchirés en bandes. / Odeur de fer, d’alcool, de poussière mouillée. / Nous tenions aussi. / Nous n’avions plus d’équipe. / Deux… »

Guillaume LLONG  : Fragment de la vie d’un chômeur, jour 302
« … et tu ne te crois pas encore prêt à affronter les lendemains. Le réveil ne te réveille plus, tu t’échappes de ton lit par peur des gouffres intérieurs. Tu émerges lentement, le matin est trouble. Tes gestes hésitent, ta volonté se perd. Tu ne déjeunes pas, le… »

Cécile OSSANT : Tout au long
« Vivre contient / le vert des arbres / le chant des oiseaux / un crépuscule / une source // tout au long / une terre poreuse / de l’eau qui respire / la brume par-dessus // un pas de côté / tout au long / une berge un fossé / une rencontre / l’impatience / l’… »

Marie-Cécile PIEL-DIBOUÈS  : Il faut bien vivre
« Ce qui vous assaille / quand vous pénétrez dans la maison plongée dans la pénombre / – il a fallu d’abord tourner la clef dans la porte et pousser celle-ci de l’épaule / avec vos trois corps pressés les uns contre les autres, / vos trois corps qui ne faisaient plus… »

Vincent THOLOMÉ  : F A I R E  C H I E N (poème illogico-apocalyptique)
« . 882 miettes philosophiques d’anton nijkov . propos ténus tenus pour toi noa tomovski et toi . oui . toi aussi . zékiéli zékiélov . chers nouveaux nés . chers fraîchement débarqués . ici . parmi nous . chèvres . pommiers et poiriers . azote et oxygène . poulets et… »

Benoit TOCCACIELI : La boîte de gâteaux
« Accident de la circulation – Autoroute A75, sens N/S, km 71 – Motard. / 16h25. / J’enfile ma tenue de pompier volontaire, / je monte dans ma voiture, / je file vers la caserne. / En route, j’appelle l’école pour qu’ils ne mettent pas mes gamins dans le bus, / puis ma… »

Perle VALLENS : Pulsations
« C’est le premier geste. Le premier au réveil, au sortir du lit, après avoir rabattu les draps, relevé le buste, pivoté les jambes pour que les pieds touchent le sol après t’être assis. Peut-être que tu te grattes la tête ou que tu te frottes les yeux mais c’est le… »

Stéphanie VERMOT-PETIT-OUTHENIN : Anti-chambres
« Vivre / dans une chambre avec vue sur la mer, / Comme dans un souvenir : draps pâles, soleil blanc, / méduse qui se cogne, frondeuse, aux rives interdites. // Chambre 204, / Betty me dit : / apportez-moi une histoire, / apportez-moi un verbe à… »

IMAGES : Erick JONQUIÈRE

« La question du vu, du visible et du regard est essentielle pour essayer de comprendre l’acte photographique. Aucun discours ne pourra jamais rendre pleinement compte de la photo, mais c’est justement parce qu’elle est innommable qu’on… »

RUBRIQUES « CRITIQUE »

DISSECTION (24 questions à un·e auteur·e connu·e) :
Heptanes FRAXION

« Qu’est-ce qui vous anime ?
Le chien endormi dans un rayon de soleil et dont chaque respiration soulève un peu de poussière… La chanson sans paroles qui l’accompagne, voilà ce qui m’anime. Je ne sais pas si… »

DISJONCTION (4 regards croisés sur un livre remarquable)  :
Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? (Pierre BAYARD)
« Essai brillant en forme de « paradoxe » (du nom de la collection où il a paru chez Minuit) par un écrivain venu d’un milieu « où on ne lisait pas », revanche d’un transfuge devenu professeur de littérature à l’université Paris-VIII, psychanalyste et auteur d’… »

DISSIDENCES (8 coups de cœur de lecture en domaine francophone)  :
Salomé BOTELLA
 : Pas si tant (éd. L’ogre)
« Salomé Botella délivre dans Pas si tant des fragments de sa jeunesse en Creuse. On pourrait se croire dans l’un de ces films socio-ruraux tendance Vingt Dieux ou Chien de la casse, la nécessité et les lourdeurs d’une intrigue en moins. Ça sent la débrouille, les… »
Daniel BOURRION : Le pays dont tu as marché la terre (éd. Héloïse d’Ormesson)
« « Je ne sais par où commencer, cela remonte au loin, suffisamment pour avoir laissé à quelques décennies tout le loisir de mâchouiller le peu qu’il reste de l’époque et tout autant de nous. » Ainsi s’ouvre ce livre et ces tout premiers mots sont comme le… »
Tom BURON : Le nom de la bataille (éd. 49 pages)
« « […] le défilé des cadavres rapatriés, tous ces jeunes hommes aux membres manquants, les tripes à l’air, la parade des costards de bois, les allers et retours des blindés entre la ville et le front ». Dans Le nom de la bataille, Tom Buron, engagé… »
Guillaume DREIDEMIE : Lettres (éd. La rumeur libre)
« Le livre de Guillaume Dreidemie est composé de trois lettres (Lettre du peintre, Lettre de la mère et Lettre à Rome) comme trois morceaux d’un puzzle (il en manquerait beaucoup d’autres) qui serait une sorte de photographie floue de l’auteur. La… »
Matthieu LORIN : Cartographie d’une rancune (éd. La crypte)
« L’histoire personnelle de Matthieu Lorin s’estompe ici pour s’incarner comme un ongle coupé à ras dans un verbe des plus ardents. Chaque court poème, perché en haut de page et paginé par le nombre de pas pour maîtriser sa rancune, électrocute. « Me… »
Derek MUNN :  Please (éd. Aux cailloux des chemins)
« « Je ne suis pas poète » m’a un jour avoué Derek Munn, sans modestie, comme un usurpateur de langue française, comme l’imposteur littéraire que nous sommes tous. Please sonne a priori telle une imploration. Et puis on lit, on entre dans un monde âpre où... »
Éric PESSAN : On ne verra pas les fleurs le long de la route (éd. Aux forges de Vulcain)
« « Nous n’avons plus de romans pour dire la fin du monde […] » et ça commence pourtant bien dans une ambiance de fin de monde, un homme et une femme dans une voiture traversent la forêt des Landes en flammes, puis ça continue comme un film d’… »
Fanny QUÉMENT
 : Partir en 404 (éd. Othello)
« Partir en 404 est un voyage en 404 étapes concises et ludiques à destination du pays de l’erreur, ce « virus injecté dans la langue », qui semble poursuivre Fanny Quément autant que celle-ci le poursuit. On embarque avec Yel qui, passionnée par les… »

D’ISTANBUL À RIO (4 coups de cœur de lecture en domaine étranger)  :
Joan BAEZ  : Quand tu verras ma mère, invite-la à danser (éd. Points)
« Son engagement dans les mouvements pacifistes et en faveur des droits de l’homme, sa bonté, sa voix, son magnétisme, tout de Joan Baez m’émerveille et me fascine. J’ai sans doute eu tort, mais j’ai ouvert ce livre en me posant une question : comment… »
Simone FORTI : Oh, Tongue (éd. Al dante)
« Grande claque que cette rencontre avec la langue de Simone Forti, chorégraphe et poètesse américaine dont Oh, Tongue est le seul ouvrage traduit en français – magnifiquement – par Christophe Marchand-Kiss – au passage lui-même… »
Rebecca F. KUANG  : Yellowface (éd. Ellipsis)
« Quand la talentueuse Athena Liu s’étouffe devant son amie, June Hayward, laissant derrière elle un manuscrit inédit, cette dernière n’hésite pas longtemps à se l’approprier. À elle les grands prix littéraires, les adaptations Netflix, les lecteurs énamourés et… »
David PARK : Rappel à la vie (éd. La table ronde)
« Dédié « à tous ceux qui tentent de mettre leur âme en mouvement », ce récit, d’abord pièce radiophonique pour la BBC, nous mène en Irlande du Nord, au plus près d’existences vacillantes. Mais Rappel à la vie ne raconte pas une histoire : il en… »

DI(S)GRESSION (carte blanche sur un domaine de création autre que la littérature) :
Mike KASPRZAK  : Ce qui est arrivé au cheval de Turin (hommage à Béla TARR)
« Voix off : « À Turin, le 3 janvier 1889, Friedrich Nietzsche sort de sa maison. Pas loin de lui, ou peut-être très loin déjà, un cocher a des problèmes avec son cheval qui refuse obstinément d’avancer. Soudain le cocher, Giuseppe, Carlo ou Ettore, perd patience et… »

DYSCHRONIEsaison 12 :
Alban LÉCUYER  : Hiver 2026
« 1er septembre : Lundi jour de rentrée. J’aime quand le début de l’année correspond à la fois à un début de mois, à un début de semaine et au premier JT de Léa Salamé. Le sentiment que tout se met en ordre pour l’ouverture d’un nouveau cycle et que… »