QUÉMENT Fanny | Partir en 404

Coup-de-cœur de Justine ARNAL pour Partir en 404 de Fanny QUÉMENT
DISSONANCES #50

Partir en 404 est un voyage en 404 étapes concises et ludiques à destination du pays de l’erreur, ce «  virus injecté dans la langue », qui semble poursuivre Fanny Quément autant que celle-ci le poursuit.
On embarque avec Yel qui, passionné·e par les accidents typographiques et les coquilles de toutes sortes, a fait sienne l’affirmation de Colombo « Errors have no gender », collectionne les « erreurs et les faux amix des langues ou de la vie », est « éprise de ceusses que l’on dit défectueuxses ou défaillantes », personnage qui échappe à toute assignation, pur corps de langue qui fait de la typographie le premier espace de la fiction.
Nulle prétention au réalisme dans ce voyage littéraire et expérimental, jouissif, poétique et erratique. Quément nous emporte dans son dispositif oulipien comme dans un rêve : du coq à l’âne elle zigzague, selon la logique propre à celle d’un inconscient capable de faire feu de toutes les langues qui l’habitent, aussi imparfaites et indéfinies soient-elles, et de toutes les incidences qui la traversent.
Car le pays d’Errorland, c’est avant tout celui du langage, toujours ouvert, truffé d’équivoques (404 étant à la fois ce véhicule des années 60 que l’on ne croise plus trop de nos jours et ce qui s’affiche sur une page web lorsque celle-ci est introuvable), de malentendus, de lapsus et de faux amis – bref, un territoire où nul éclaircissement ne promet la moindre éclaircie.
Partir en 404 nous rappelle que le voyage de l’écriture, et par extension celui de la littérature, ne peut faire l’objet de la moindre prétention ou tentative de maîtrise, de planification ou d’organisation : « C’est comme ça que ça marche et que ça saute : au grand fourre-tout. »

éd. Le nouvel Attila, 2024
128 pages
13 €