BAEZ Joan | Quand tu verras ma mère, invite-la à danser

Coup-de-cœur de Sara BALBI DI BERNARDO pour Quand tu verras ma mère, invite-la à danser de Joan BAEZ
DISSONANCES #50

Son engagement dans les mouvements pacifistes et en faveur des droits de l’homme, sa bonté, sa voix, son magnétisme, tout de Joan Baez m’émerveille et me fascine. J’ai sans doute eu tort, mais j’ai ouvert ce livre en me posant une question : comment devient-on une si belle personne ? J’ai cherché une réponse dans ces textes intimes qui retracent la vie de l’artiste, rassemblés en un livre-bouquet de portraits-fleurs aux couleurs, formes et parfums très différents : certains textes sont en vers, d’autres en prose ; certains poèmes sont très courts, d’autres déploient leur rythme sur plusieurs pages ; des poèmes luxuriants d’images sont espacés par des esquisses proches de l’épure.
La réponse à ma question se trouve en partie dans les thèmes abordés par l’autrice : les premières amours, les ami.es, les artistes (on reconnaît Jimi Hendrix, Bob Dylan et Leonard Cohen), sa mère, sa sœur Pauline, les êtres aimés, les animaux, les arbres, la nature, l’âme, l’univers. Le vrai sujet est l’amour, cette énergie indomptable qui se manifeste très tôt : « À sept ans j’avais déjà / un cœur sauvage. / On m’appelait Étoile ». Et qui perdure, par-delà de la mort, comme le ciment d’une unité : « À présent, Pauline appartient à la montagne / et la montagne lui appartient.  »
C’est cette même énergie qui innerve l’écriture de Joan Baez : « L’écriture est comme l’amour, on ne peut la forcer / ou elle meurt en cherchant à croître. // L’écriture est comme l’amour, / on ne peut la forcer / ou elle se change / en ciment / dans un tube de dentifrice. » C’est cette bonté électrifiante, inexplicable, que j’ai ressentie en lisant sa poésie. Et je crois bien que lorsque Joan Baez chante, « l’univers applaudit ».

traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne-Laure TISSUT
éd. Points, 2025
312 pages
14.90 €