GÉRARDOT-PAVEGLIO Alain (extraits)


DISSONANCES #50 | VIVRE !
À dix-sept ans (battement de vie promise plus forte)
« À dix-sept ans, je reçois, du plus profond, la joie d’épeler mourir.
C’est venu en marchant, comme je passais mon temps ; marcher, une flèche têtue, ignorant sa cible, porté par un élan ébloui, que chacun de mes pas corrigeaient ; traverser le calque déchiré des lieux, regarder ce qui passe entre les fissures, me laisser distraire, m’en retourner, différer, jusqu’à sa limite autorisée, de rentrer.
Marcher est ma vie libre, tâtonnante, prête à se remplir ; le regard est sa propre cible lorsque passe l’instant imprévu de sa capture par ce qu’il tient en sa mire, lorsque se détachent, enserrés dans un fonds sommaire et incolore, des instants emplis d’arbres seuls, de sentiers, de fragments rudimentaires de ville – carrefours, maisons, immeubles, barres et tours – levant les mots, un par un. Ils sont désormais miens, appariés à la marche ; par elle le monde est presque un souffle et une offrande – ces mots à ce point si légers, et simples, venus du monde descellé par la marche, reconnus, m’accordant ce que je ne savais pas être pour moi.
Un premier poème, les branches d’un pommier – hiver, arbre isolé, noire… »

DISSONANCES #48 | FÉERIES
Monte delle rose
« L’oiseau qui chante – sait-il où il est ?
– question pour nous qui l’entendons…

Lui, son chant est énergique,

Nous ne le voyons pas,
Nous sommes allongés au flanc d’un sentier,
sous l’ombre pleine d’un chêne vert.

Son chant accroît l’espace,

L’espace est constitué de collines vertes qui s’étagent en dômes paisibles,
nus, couverts d’herbes,

La ligne de fuite est… »

DISSONANCES #46 | FRAGILE
Qui vive / vieillesse grande

« 1 / Leurs vies à un fil, tendu à chacun de leur pas, à mesure qu’ils avancent,
tiré à peine plus loin que le pas qui va suivre au-dessus du temps :
il ne s’égrène pas, s’accumule devant eux,
chaque chose à faire n’est plus une marche avant la suivante
(les marches les unes après les autres qu’il faut franchir chacune) :
il suffit de la laisser s’éloigner, comme une bête qui rôdait
et s’est lassée,

les mains pour saisir ne s’égarent pas, tout est effort, inquiétude tue, remémoration,
pour ne rien perdre, se rappeler ce qui vient d’être perdu – qui-vive

une vie intense et lente pour retenir ce qui tient la vie du dehors : choses à faire,
force ou dépense de soi accrus (à peine cabrée), ne demandant qu’à… »