Coup-de-cœur d’Anne VIVIER pour On ne verra pas les fleurs le long de la route d’Éric PESSAN
DISSONANCES #50

« Nous n’avons plus de romans pour dire la fin du monde […] » et ça commence pourtant bien dans une ambiance de fin de monde, un homme et une femme dans une voiture traversent la forêt des Landes en flammes, puis ça continue comme un film d’horreur. Ce monde si loin et si proche a banni l’écriture, devenue inutile, et donc les livres.
Le dispositif mis en place par Éric Pessan pour raconter son histoire, un road movie ponctué de happenings, de ruptures et de retrouvailles, est fascinant : plus de mille citations (des plus banales aux plus sublimes) écrites par une vertigineuse diversité d’auteurs (d’Edith Wharton à Charles Robinson en passant par Corneille et Stephen King) sont insérées dans le texte, le tissant, le fabriquant. Loin de n’être qu’un exercice d’érudition et d’admiration, ce procédé « à la Frankenstein » constitue un patchwork d’une grande cohérence, jamais bancal, toujours au service de l’histoire : « Je ne transportais qu’un stylo, les policiers ignorants n’ont pas vu qu’il s’agit d’une arme. »
Hommage puissant à la littérature qui nous nourrit, nous lie et nous met en mouvement, ce livre est un manifeste de résistance, une célébration et une reconnaissance de notre pluralité : ce que nous lisons, ces autres perceptions, ces autres vies, font partie de nous.
Éric Pessan dessine ici un écosystème dans lequel la crise climatique, la littérature et l’humanité sont intimement liées car que deviendra une humanité privée de ses racines, de ces générations de récits qui traversent le temps ? « Je n’ai pas envie de vivre recroquevillée / en boule / sans jamais laisser dépasser une main hors des draps. »
éd. Aux forges de Vulcain, 2026
208 pages
19 €