PARK David | Rappel à la vie

Coup-de-cœur d’Isabelle GUILLOTEAU pour Rappel à la vie de David PARK
DISSONANCES #50

Dédié « à tous ceux qui tentent de mettre leur âme en mouvement », ce récit, d’abord pièce radiophonique pour la BBC, nous mène en Irlande du Nord, au plus près d’existences vacillantes. Mais Rappel à la vie ne raconte pas une histoire : il en explore les retombées et les échos chez Maurice, brisé par le deuil, qui s’inscrit à un programme de course à pied dans l’espoir de retrouver l’élan pour sauver sa fille d’une relation violente. Autour de lui gravitent d’autres vies en suspens : Cathy, bibliothécaire divorcée, Brendan et Angela, futurs mariés en proie aux doutes, Yana, réfugiée syrienne hantée par la mort de son frère. En alternant les voix narratives, David Park compose une polyphonie sensible, dans un univers social proche de celui de Ken Loach. Chaque trajectoire, dans un double mouvement intérieur et géographique où les paysages traversés sont les miroirs des états d’âme, révèle une méditation sur la perte et la résilience : «  la course entraîne vers l’avenir, aussi incertain soit-il, mais au plus profond des secrets et vérités enfouies ». La course s’impose alors comme une métaphore de la survie : «  faute d’autre moyen de résister, je me mets à courir », courir pour ne pas sombrer, « pour gagner une longueur d’avance sur mon propre malheur ». C’est dans cette répétition obstinée que se dessinent un frémissement vital, une lente reconquête de soi.
La force du récit tient aussi à la sobriété de sa langue : une écriture sans effet, qui épouse les failles des personnages et laisse affleurer l’émotion sans sombrer dans le pathos. Une exploration délicate des blessures humaines où, dans l’épuisement même, subsiste la possibilité, fragile mais tenace, d’un retour à la vie.

traduit de l’anglais (Irlande du Nord) par Cécile ARNAUD
éd. de La table ronde
123 pages
15 €