DREIDEMIE Guillaume | Lettres

Coup-de-cœur de Jean-Christophe BELLEVEAUX pour Lettres de Guillaume DREIDEMIE
DISSONANCES #50

Le livre de Guillaume Dreidemie est composé de trois lettres (Lettre du peintre, Lettre de la mère et Lettre à Rome) comme trois morceaux d’un puzzle (il en manquerait beaucoup d’autres) qui serait une sorte de photographie floue de l’auteur. La première pourrait être une adresse de l’auteur à lui-même, « Ô redeviens enfant / celui qui ne parle pas », pour une meilleure attention portée au monde. La dernière plonge dans les racines antiques, hantée par la figure d’Ovide et portée par une scansion qui rappelle les textes latins : «  N’oublions jamais de chercher le sens des pierres, / Leurs nervures, pour qu’y paraisse un dieu, / Un geste, que sais-je, déesses ? / Pour que la vie surgisse, de joie ! » On perçoit une unité de voix à travers ces trois lettres bien que les formes d’écriture y soient légèrement différentes. Ainsi, dans la deuxième lettre, celle qui m’a le plus impressionné, c’est la mère qui parle, s’adressant à ses enfants en personne qui ne saurait tolérer une quelconque faiblesse, semblant vitupérer, évoquant son agonie et sa mort, leur rappelant d’où ils viennent, énonçant leurs réactions à venir (y compris après son incinération) : « Car vous allez vous lever, prendre mes os en poudre, / Prendre cette poudre dans votre paume, / Vous aurez peur du vent, de la tempête qui emportera les cendres » ; cependant, ces pages qui ont le plus souvent le ton de l’imprécation savent finalement infléchir la tension qui les innerve : « Et pourtant, vous aimerez, vous soufflerez, / Vous sentirez le bruit du monde se faire moins pesant, / Vous sentirez l’oubli disparaître, / Vous sentirez le pas du souvenir / Et vous m’entendrez vous dire : // Je vous aime.  »

éd. la rumeur libre, 2025
80 pages
16 €