DISSO #50 | Erick JONQUIÈRE

Erick JONQUIÈRE a mis en images DISSONANCES #50 (thème : VIVRE !)

La question du vu, du visible et du regard est essentielle pour essayer de comprendre l’acte photographique. Aucun discours ne pourra jamais rendre pleinement compte de la photo, mais c’est justement parce qu’elle est innommable qu’on en parle.

En quoi le regard du photographe est-il particulier ?  Les plus grands noms de la photo s’accordent à reconnaitre que son regard rend signifiant l’insignifiant. Essentiel l’inessentiel.

« Apprendre à regarder » serait le premier conseil à prodiguer à un photographe débutant. Ainsi, un maître du genre, Henri Cartier-Bresson, confiait qu’au fil du temps « Mon Leica est devenu le prolongement de mon œil ».

Photo de mariage, de communion, opérateur en saisons, en stations, photo d’identité, de devanture commerciale, assistant de pub ou de mode en studio, il y a long entre l’exercice alimentaire et le véritable projet photographique personnel.

Photographe de hasard, né en juillet 1958, j’aurais aussi bien pu être instituteur, maraîcher ou saltimbanque. Fier de mon artisanat furieux, de mes nuits blanches dans la chambre noire, je suis resté, modestement fidèle, un receleur d’émotion, déambulant à l’envie dans le fourbi du monde.

La lecture photographique est un braconnage au travers duquel le lecteur, dans son intimité, recompose l’image qui lui est dévoilée en y introduisant son propre univers. L’image est l’expression d’une impression. Si le beau n’était pas en nous, comment le reconnaîtrions-nous ?

Donner à montrer la vie en images : quelle gageure ! Comme l’expression d’une relation esthétique au monde ? Une tentation d’exister ? Le regard du photographe semble être la preuve de la vie. C’est ce qu’il donne à voir. Tout est sensible. La vie éclate en toute chose.

Voici quelques reflets parmi tant d’autres possibles : clichés en noir & blanc, familiers, saugrenus, inédits, des échos si ténus dans leur richesse que le mot est souvent impuissant à en traduire les nuances. Une interprétation inévitablement imposée, parfaitement subjective.

Prise de vue et prose de vie se superposent, se fondent en un miroir complice. Il faut se laisser prendre par la main. S’abandonner dans les méandres d’une ligne de vie, dans la promiscuité d’autres Eldorado. Vivre !

Erick JONQUIÈRE, avril 2026

L’insta d’Erick JONQUIÈRE