Coup-de-cœur de Jean AZAREL pour Le nom de la bataille de Tom BURON
DISSONANCES #50

« […] le défilé des cadavres rapatriés, tous ces jeunes hommes aux membres manquants, les tripes à l’air, la parade des costards de bois, les allers et retours des blindés entre la ville et le front ». Dans Le nom de la bataille, Tom Buron, engagé humanitaire volontaire en Ukraine, surnom Jazz, raconte l’autre vie qui voudrait n’être pas la vraie. À trente ans, l’auteur a « déjà l’âge d’avoir trop dit au revoir ». La guerre est éternellement jeune et ses victimes ont pour toujours vingt ans. Ce grand petit livre crève les entrailles, monte au cerveau, le perfore pour dire ce que fait la guerre et ce qu’elle défait : les faux sommeils, les chairs éparpillées, l’alcool et les clopes, les amours impossibles. Pas de cinoche, la guerre des drones n’est pas celle des étoiles, elle a ses tableaux « d’une beauté pénible, amère », elle est « ce spectacle d’une banalité sans nom : l’azur du ciel contre le jaune doré des champs qui dessinent ensemble le drapeau de nos frères ». C’est un petit livre grandiose pour qui ne s’y connait guère, ne sait des canons que ceux à boire, ne voit des bombes qu’en regardant les jolies filles. C’est la plus désarmée de mes chroniques pour parler d’un petit livre immense qui boxe nos certitudes peinardes. Car il y a de l’Arthur Cravan chez Buron, dans le style fait de swing et d’uppercuts, de replis stratégiques avant de laisser le hachoir des mots drus pilonner la page. Le nom de la bataille pue les tréfonds millénaires de l’homme ; il crache un vin de feu à la couleur d’évidence : « Tout semble se rapprocher. Et nous encore, à contempler cette violence comme un phare : nous, si redoutablement humains ».
éd. 49 pages, 2026
49 pages
7,49 €