DISSONANCES #50 | VIVRE !
Fragment de la vie d’un chômeur, jour 302
« … et tu ne te crois pas encore prêt à affronter les lendemains. Le réveil ne te réveille plus, tu t’échappes de ton lit par peur des gouffres intérieurs. Tu émerges lentement, le matin est trouble. Tes gestes hésitent, ta volonté se perd. Tu ne déjeunes pas, le goût du café suffit à te rappeler le travail. Tu ne te reconnais plus dans le miroir, tu ne t’es pas vu vieillir, tu te sens lourd, à moitié enterré ; ton ventre est devenu une excroissance à la périphérie de ton corps. Tu penses chaque jour à faire du sport et chaque jour tu te dis : « Promis, demain » puis tu te perds dans les tâches ménagères : vaisselle, coups d’éponge, laver le linge, l’étendre. Tu penses à sortir le chien, à aérer les pièces. À dix heures, il te tarde déjà l’apéro ; tu comptes les heures, tu ne comptes plus les jours. D’ailleurs, tu ne sais pas quel jour on est. Tu te perds en des scrolls sans fin, tu ne réponds plus au téléphone : « Ce ne sont que des spams de toute façon. ». Chaque jour est le même jour. La seule pensée du lendemain se porte sur ce que tu vas manger. Ta femme devient une étrangère, ton fils, un inconnu. Le soir, tu bois ; la nuit venue, tu lis, alors qu’à la télé passe l’énième épisode de l’énième série sur l’énième chaîne, pour que chaque jour, toujours le… »