BERTON-DAUBINÉ Malie (extraits)

DISSONANCES #50 | VIVRE !
Pause printemps
« Onze heures moins cinq, par la fenêtre le soleil tout neuf, bonheur pour la peau si longtemps recroquevillée sous les pulls et les manteaux, tant de splendeur donnée avec tant de joie, qui appelle, qui attire et la lumière : ces rideaux de lumière dansant entre les branches encore nues, comme une aspiration qui envahit tout le jardin, qui redresse les corps, détend la chair, entiédit les cœurs
et, là-bas :
ça s’étire, lent, immobile ; ça tend, ça gonfle sous l’écorce, c’est un flux imperceptible qui monte vertical au long appel du soleil, c’est invisible, quelques odeurs, quelques composés chimiques qui se volatilisent vers d’inconnus lointains nous revigorant dans leur sillage tandis qu’à l’intérieur se tisse le lien renouvelé entre la lumière et l’humus, une vibration de promesse et d’intention, et, très, très lentement, très, très doucement, les bourgeons s’arrondissent, leurs nervures se colorent, se craquellent, se défroissent jusqu’au, soudain, fendillement, puis la première pousse qui sera, c’est dans la promesse, si verte, si tendre, mais pour l’… »