DISSONANCES #50 | DI(S)GRESSION
Ce qui est arrivé au cheval de Turin (hommage à Béla TARR – 21 juillet 1955 / 6 janvier 2026)
« Voix off : « À Turin, le 3 janvier 1889, Friedrich Nietzsche sort de sa maison. Pas loin de lui, ou peut-être très loin déjà, un cocher a des problèmes avec son cheval qui refuse obstinément d’avancer. Soudain le cocher, Giuseppe, Carlo ou Ettore, perd patience et se met à fouetter la bête. Nietzsche sort alors de la foule, bondit vers la voiture et se jette en sanglotant au cou de l’animal. Son hôte le ramène à la maison où il restera sans bouger et allongé sur un canapé sans rien dire jusqu’au moment où il prononcera ces paroles définitives : « Mutter, ich bin dumm » (« Mère, je suis stupide »). Il vivra dans une douce démence encore dix ans. Ce qui est arrivé au cheval, nous ne le savons pas. »
Et tout le film se tient là : qu’a-t-il donc bien pu arriver à ce cheval ?
Voici une tentative de réponse.
Un cheval avance à travers le vent, et tire une calèche, et tire un… »
DISSONANCES #49 | L’ENFER
Sous nos pieds
« Ils hurlent dans la nuit, et la nature de leurs cris ne laisse place à aucun doute, ce sont des cris de douleur, de torture, des hurlements stridents et sourds qui s’effondrent sur des parois noires, sous un ciel noir, sur un sol noir, un sol brûlant, liquéfié, qu’ils foulent, tous, déambulant dans cette nuit sans fin, marchant dans les ténèbres et la fournaise, la peau détachée de leurs os, ne comprenant pas ce qu’ils font là, ne comprenant plus comment ils sont arrivés là, hommes, femmes, enfants, se contentant simplement de hurler, de chercher un chemin, de se brûler sur des flammes noires et de se perdre au milieu des murs de chairs, de crier encore, de se tordre de douleur, d’avancer les bras tendus sans plus aucun souvenir, sans plus aucune mémoire, sans plus aucun désir, le regard pétrifié, les yeux exorbités et séchés, dévorés par les braises ou les flammes ou par la terreur elle même, terreur avalant leurs cris, leurs yeux, leurs hurlements, et leurs pas ne mènent plus à rien et leurs cris ne servent plus à rien, tant l’air est suffocant, tant leurs poumons sont remplis d’un goudron chaud, tant leur voix est perdue dans le marasme des autres voix, et leurs veines crachent de leurs chairs tailladées un poison noir, aussi noir que… »