BOTELLA Salomé | Pas si tant

Coup-de-cœur d’Alban LÉCUYER pour Pas si tant de Salomé BOTELLA
DISSONANCES #50

Salomé Botella délivre dans Pas si tant des fragments de sa jeunesse en Creuse. On pourrait se croire dans l’un de ces films socio-ruraux tendance Vingt Dieux ou Chien de la casse, la nécessité et les lourdeurs d’une intrigue en moins. Ça sent la débrouille, les étés immobiles, la zone dans les limites trop étroites d’un bled qui peut pourtant contenir toute une vie. Des lieux qu’on habite longtemps après les avoir quittés parce que ce sont eux, avec leur évidence et la familiarité de ceux qu’on y a côtoyés, qui nous hantent. « Je suis faite de ça, au fond, quoi que j’en dise / Les samedis soirs et la testostérone / Les blagues de cul, le DJ au micro / Les navettes pour rentrer / Les galettes sur le chemin / Gratter des clopes et des consos ».
Les relations sont bourrues, on ne les a pas choisies, ni ce voisin qui aimerait filer un coup de main mais qui n’a plus de dos, ni ces mecs qui traînent sur la piste du Number, la discothèque du coin, ni cet ami du père qui refoule la sueur au point qu’« on devait laisser les fenêtres ouvertes un moment après qu’il soit parti ». Pourtant on ne bouge pas, ou jamais très loin, alors on s’attache plus qu’ailleurs et ça finit par ressembler à une grande famille.
Un roman comme un récit délivré sur une route de campagne en fin d’après-midi, quand on parle par petites touches superposées à l’horizon, sans regarder l’autre. Des paragraphes qui crèvent le silence à intervalles réguliers et chutent dans un jet amer ou d’humour cinglant. « En août, les énormes lézards sont cuits, / Mon père aussi quand il conduit. » Un rythme proche de la poésie qui épouse les contours d’un patois en voie de disparition. C’est simple et c’est sublime.

éd. de l’Ogre, 2026
130 pages
13,5 €