octobre 2026 / 76 pages / 9 euros
mise en images : Frédérique LONGRÉE
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ÉDITO : Extravagances
Tu as entre 0 et 1000 ans ? Tu as donc le droit d’accéder au contenu de ce numéro. Éprouveras-tu de la surprise, de l’agacement, des sentiments plus difficilement qualifiables ? Sois prudent en tournant les pages, ou bien fonce tête baissée. Si j’étais à ta place, je n’hésiterais pas : je plongerais et m’enverrais de grandes lampées d’inclassable, je prendrais le temps de savourer le poétique, je dévorerais les récits, je me régalerais de toutes les dissonances que tu vas rencontrer. Et puis je ne manquerais pas ces petits carrés bizarres qu’on appelle QR codes : ils renvoient, pour chaque texte, à la belle mise en voix de notre lectrice Camille Conte – de quoi jouir doublement de cette partie création où les poussettes tombent à l’eau, où le gris peut être une couleur préférée, où un furoncle peut bousculer la raison, où mâcher ne sera jamais plus anodin, où t’attendent tant de mondes diversement bizarres mais tous également mis en images somptueuses par Frédérique Longrée… et puis il y a aussi toute la partie critique mais si je te dis tout, où sera le plaisir ? Je te laisse la découvrir.
Tu sais, la norme, à force d’être confortable c’est vraiment ennuyeux. Alors bouge, viens nous rejoindre : égare-toi à ton tour dans les plis du bizarre…
Jean-Christophe BELLEVEAUX
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DOSSIER « CRÉATION » : BIZARRE
Pascal ARNAUD : Lipogramme parano
« y / Au début j’ai éprouvé une simple gêne localisée aux globes oculaires. Je ne vois rien consultez un ophtalmo m’a dit la pharmacienne en attendant voici des gouttes mettez-en dans les deux. C’est dans la tête vous somatisez elle a ajouté en attendant vous… »
Cécile BELLAMY BAJARD : À peu près
« Il parcourt le chemin en tous sens / donne aux herbes hautes un frisson / débusquant le sifflet d’un merle qui s’envole / Dans l’ombre il avance à pas étouffés / roule des pierres quand / le chemin s’escarpe un peu / À la lisière du jour, grattant sous les… »
Jérôme CARBILLET : Espace de vie
« dix heures / ça bave / devant une chaîne d’info / voiture bélier températures record / baignade dans les fontaines / une dame / élégante dit / mains devant les yeux / regardez pas / ils lisent dans nos pensées / puis elle jette / un coup d’œil vers l’écran / entre… »
Joseph CHANTIER : Le voyage singulier
« Une horloge hésite et laisse tomber ses dents, / Dans la rue le matin disperse des confettis, / Les bruits sont devenus des proches qui se retirent, / Les oiseaux tracent des partitions, / La nuit rabat ses ailes sur les chairs qui frémissent. / Un rire fend l’air, / La… »
Bastien CHEVALIER : Les poupées
« Les deux poupées sont fines entre tes mains, corps fuselés vus partout par toi, télé et magazines des magasins, entre tes mains deux poupées, droites sans souplesse, cils longs et comptables, néant de hanches, seins sans aréole, peau rose porc, bref, // entre tes…
Florian COVELLI : Pas un mec normal
« C’est pas normal quelqu’un qui aime le gris / Je suis pas un mec normal moi j’aime bien le gris surtout le gris du crépuscule d’été / C’est pas un gris qui plombe c’est un gris cocon un gris coton c’est un gris grisant un gris que même si j’ai les yeux ouverts j’ai l’impression… »
Bernard DEGLET : Il y a une place pour les fiacres dans cette rue
« Dans la vie, il y a de l’étrangeté / (avoir un japonais comme voisin du dessus) / Dans la famille, il y a de l’étrangeté / (dans l’Illinois, une ville s’appelle Normal. J’y suis né des suites d’une partie de ping-pong qui a mal tourné) / Au Lavomatic, il y a de l’étrangeté / (traduit du… »
Geordany FLEURILUS : Manteau sans épaules
« C’est pas normal quelqu’un qui aime le gris / Je suis pas un mec normal moi j’aime bien le gris surtout le gris du crépuscule d’été / C’est pas un gris qui plombe c’est un gris cocon un gris coton c’est un gris grisant un gris que même si j’ai les yeux ouverts j’ai l’impression… »
Pierre GONDRAN DIT REMOUX : Grande Symbiote
« tu te dis : rien ne sert plus [rien ne sert plus de repeindre de blanc le lacis de fonte peinte et repeinte de blanc de la serre rien ne sert plus d’épuiser les feuilles mortes flottant sur l’eau morte rien ne sert plus de recueillir les boues d’avant l’humus rien ne… »
Jean-Luc IRONDELLE : I presume
« Le désert avait tout pris / la dernière rose des sables, un lapin sans terrier / des lézards malheureux et même une vipère à corne. / Bouffeur de poussière / quo ça toi fais là d’dans ? / L’a point d’vie à traîner son peine à jouir / sous les jupes des dunes ! / Il n’y… »
Anthony KERGOSIEN : Mâcher
« Je coupe la viande. Je pique. Je porte à ma bouche. Le morceau est chaud, une chaleur d’animal cuit qui se pose sur la langue. Je ferme les mâchoires. Le bruit est là, ce bruit de toujours, mat, mouillé, le bruit que je fais depuis que j’ai des dents et que… »
Camille LACADÉE : Pesanteur
« C’était un soir comme les autres, avec au loin des guerres, des incendies, des féminicides, des accidents, des dérapages incontrôlés, et, devant Alexandre, un verre de pastis. / Le comptoir n’avait pas été nettoyé. La peau du bras d’Alexandre s’en… »
Yves MINOIS : TrypaOpétrOlOgie
« Peut-être avez-vOus déjà crOisé, au détOur d’un chemin, ce marcheur qui, cassé en deux, le nez penché vers la terre et le regard accipitrin rivé au sOl, vaguait avec lenteur sur un terrain pierreux ? Peut-être l’avez-vOus surpris se jetant sOudainement vers… »
Shani OGAN : Contre le mur au bout du ponton une autre en moi
« Elle prélèvements de sons et de visions, en rêve et en coussins. Elle mélange les textes, les formes et les sons, elle accorde aux espaces leur place dans la phrase, ensuite se ravive. Elle secoue fort pour mélanger, amalgamer, malaxer, trifouiller dans… »
Erika OTTAVIA : Les ballades du gant jaune
« Trois jours par semaine à la même heure / nous la regardions / un torchon pour bannière / partir pour combattre / les monstres des autres // La villa entière l’attendait / dressait ses crocs de calcaire / Elle se gantait de jaune // Attaquer. // Des royaumes de… »
Augustin PETIT : Ça sexe grave ou ça s’excuse
« Au millimètre / Clac ! / Par coupe ongles / Clac ! / Et puis des fois, vernis / Et lime à ongles. Et même faux ongles. Faux ongles, mon cul ! Plastoc et toc multicolor et puis paillettes plein pot / Faux ongles, tu parles ! / Sur-ongles plutôt. Sur-ongles qu’on… »
Agnès PETRI : Ce qui respire sous la peau
« 0. Note préalable / Ce document n’est pas une explication. / Les explications sont des machines qui arrivent après les catastrophes avec des gants propres. / Elles ramassent les morceaux. / Elles les classent. / Elles collent une étiquette dessus. / Puis elles… »
Romain PONÇOT : Un rêve de flambeur
« Bizarre c’est assez étrange mais figurez vous qu’écrire en exposant est un rêve de flambeur. J’aime l’inconfort d’écrire en exposant, en exposant mes bizarreries et celles d’un style vaguement inconfortable. Je me souviens quand je lisais à la … »
Cyril C. SAROT : L’appareil
« Je n’ai pas compris comment fonctionne cet appareil. / Il est constitué de divers éléments reliés entre eux tantôt par des câbles électriques, tantôt par du fil à coudre. Il occupe, en terme de volume, l’équivalent de la superficie d’une salle de bain standard, ou… »
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IMAGES : Frédérique LONGRÉE
« Il n’est pas toujours simple de parler de sa démarche artistique, surtout lorsque le médium choisi est l’image, justement afin d’éviter les mots.
Il existe différentes facettes à la démarche que je poursuis. Néanmoins, elles… »
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RUBRIQUES « CRITIQUE »
DISSECTION (24 questions à un·e auteur·e connu·e) :
Marlène TISSOT
« Votre ego d’écrivaine vous gêne-t-il pour marcher ?
Là, par exemple, un petit peu oui (même si je suis assise). Parce que je cherche bêtement des réponses un peu futées à vos questions histoire de faire mon intéressante. Mais le… »
DISJONCTION (4 regards croisés sur un livre remarquable) :
Nihilium (MIRWAÏS)
« L’ex-guitariste de Taxi Girl signe avec Nihilium un livre qui fait l’effet d’une décharge à haute tension. Traversée d’un Paris en surchauffe industrielle, le roman ausculte la figure de Juan Nihilski, incarnation borderline d’une jeunesse post-politique, piégée entre… »
DISSIDENCES (8 coups de cœur de lecture en domaine francophone) :
Dominique BOUDOU & Cédric MERLAND : Les arbres écrivent aussi (éd. La 21e saison)
« C’est à une balade après le monde que nous convie le dernier livre de Dominique Boudou et de Cédric Merland. Un promeneur seul, comme le dernier – ou le premier ? – des hommes, avance au gré d’une promenade qui s’inscrit autant dans l’espace que dans… »
Guillaume CURTIT : La drôle de joie (éd. Faï fioc)
« Le titre vient d’un vers : « ce soir j’ai un grand sourire dans le ventre / comme on dirait d’un souffle au cœur // le bonheur d’être un peu triste / ici // intense et seul / dans ma drôle de joie ». C’est cette solitude tout au long de la journée que Guillaume Curtit va… »
Christophe ESNAULT : Le libraire et le psychopathe (éd. Labyrinthes)
« « Un libraire se suicide toutes les heures, mais les journalistes ne l’ébruitent pas trop car ils comptent sur les survivants pour vendre leurs livres, romans historiques ou du terroir, et autres fientes. » En ces temps de canicule, descendre le cours de l’… »
Luc DAGOGNET : Le château de la solitude (éd. do)
« Au cœur du Château de la solitude qui règne sur la ville de Plessis-Robinson, l’obstination de Jacques, écolier déjà trop adulte, les doigts recouverts de pansements, à rencontrer et à aimer coûte que coûte une lycéenne, Alexandra. C’est autour de ce… »
Frédéric FORTE : Le sentiment général (éd. P.O.L)
« Parfois, tu combats ton bouquin. Lui qui t’apparaît d’abord tout fringant, trop galant, trop « fabrication maison » : du pur OuLiPo, quasi inscrit dans sa tradition post bac. Un croûton P.O.L, caduc, tout moisi quoi… « appuyant sur on », tu lui fous donc… »
Michel-Maxime LEGAULT : Michelin (éd. Quartz)
« « C’est Michelin, en fait, qui lèche ses doigts graisseux et qui se ressert en plongeant sa main dans le baril de vingt morceaux comme si y avait pas de lendemain. » Il aurait dû s’appeler Michelin, ce sera finalement Michel. Dernier-né d’une famille rurale québécoise de... »
Jean-Michel MAUBERT : Ussmëll & autres poèmes noirs (éd. du Bunker)
« Toute lecture de JMM exfiltre de soi-même comme de la littérature instituée pour immiscer secrètement dans les bas-fonds de l’intermonde et gratter l’os de lune dont on est fait. Car Ussmëll – le nom sonne tel un sésame proche-oriental – et son lithopédion de… »
Camille de TOLEDO : Si Stefan Zweig pouvait parler (éd. Manuella)
« « Pour que tu situes ce petit mont des Capucins sur la carte plus vaste de nos drames européens, je te dirai que, lorsqu’on arrive là-haut, on voit Salzbourg, l’endormie ; mais on découvre aussi par temps clair le fond de l’horizon ; et donc la frontière. » Dans cette… »
D’ISTANBUL À RIO (4 coups de cœur de lecture en domaine étranger) :
Charles BUKOWSKI : Brûler dans l’eau, se noyer dans les flammes (éd. Au diable vauvert)
« Brûler dans l’eau, se noyer dans les flammes, hypallage vertigineux, dit d’emblée l’impossibilité d’habiter un monde à l’envers, qui n’offre aucun refuge. Tout aussi évocateurs, les titres des différentes sections – « Ça prend mon cœur dans ses… »
E.E. CUMMINGS : Je porte ton coeur avec moi (éd. Le Réalgar)
« « Car amoureux es tu suis je sommes nous » : l’amour est le thème de cette remarquable anthologie d’une œuvre à la poésie complexe, innovante, et parmi les plus singulières du vingtième siècle. Amour passion, amour absent, érotique, fantastique… »
Mariana ENRIQUEZ : Ce que nous avons perdu dans le feu (éd. du sous-sol)
« Douze nouvelles composées par la très grande Mariana Enriquez, autrice argentine, sorcière du récit et tisseuse de mauvais genre, flirtant avec le quotidien et l’horreur, traquant les angles morts de l’ordinaire : « Elle se souvenait de choses qu’elle avait… »
Tana FRENCH : La cour des secrets (éd. Calmann-Lévy)
« « Je sais qui l’a tué » : cette simple phrase, scotchée sous une photo, suffit à relancer l’enquête autour de la mort de Chris Harper, un adolescent retrouvé mort dans le jardin d’un lycée privé pour jeunes filles de la bonne société, à Dublin. Les inspecteurs… »
DI(S)GRESSION (carte blanche sur un domaine de création autre que la littérature) :
Charles DESAILLY : Comment habiter le monde ? (de Kurt SCHWITTERS à Rem KOOLHASS)
« Vivre en poésie, c’est peut-être cela : habiter un espace mental et créer l’espace qui nous habite. Si l’espace du dedans, comme le décrit Henri Michaux, nous place à affronter la multitude intérieure, il existe ce besoin de s’approprier l’espace démesuré du dehors par… »
DYSCHRONIE – saison 13 :
Jean-Christophe BELLEVEAUX : Été 2026
« 1er mars : Retour du Nicaragua via Costa Rica et Espagne. Cela prend deux jours. Pas pressé. J’apprends qu’Israël a bombardé l’Iran, envoyé Khamenei au Paradis où des milliers de vierges l’attendent. Missile Moineau bleu (Blue Sparrow), c’est… »

