Coup-de-cœur de Tristan FELIX pour Ussmëll et autres poèmes noirs de Jean-Michel MAUBERT
DISSONANCES #51

Toute lecture de JMM exfiltre de soi-même comme de la littérature instituée pour immiscer secrètement dans les bas-fonds de l’intermonde et gratter l’os de lune dont on est fait. Car Ussmëll – le nom sonne tel un sésame proche-oriental – et son lithopédion de sœur innée plus que non née rêvent aux confins de tous les règnes. Affleure la mémoire intime d’une sœur, alien sacré dont le poème accouche par des opérations magiques, entre lithophonie, parataxe ou flux : « archéologie implosée de la chair l’âpre croissance d’une ronce creusant l’os clouée en toi tempête qui moisit malaxe lent le mammaire magma ». L’univers du poète animaliste et animiste ressortit à l’impressionnante galaxie des artistes revigorants parce qu’heureusement dégénérés, désinféodés : dessins et textes d’Alfred Kubin, plans-séquences de Béla Tarr, monstres de Wojciech Has, Tod Browning (déjà un film en abyme dans Décombres, de Maubert, dédoublait la conscience) ou ceux, cités, de Sabrina Gruss, Olivier de Sagazan, Rimel Neffati, sans oublier les désarmantes créatures de Jephan de Villiers. La singularité du poète réside dans une sensualité du pourrissement, une tendresse exhalée de l’horreur : un incoercible souffle de vie hante la dévastation, cette poésie des marges agissant non comme exutoire esthétisant mais comme acte chamanique de résistance. La paréidolie, pratiquée dans tout l’œuvre de l’auteur, est une façon de lire, derrière les formes ordonnées, des strates de réalités fantômes en écho profond aux forces vivantes des fossiles : « l’indispensable momie / mal fagotée / aux yeux de lémuriens / souriante édentée / un brin morose pourtant / tenant à bout de bras / l’oiseau noir / telle une âme d’un autre ciel ».
éd. du Bunker, 2026
104 pages
15 €