PONÇOT Romain (extraits)

DISSONANCES #30 | QUE DU BONHEUR !
La brigade du bonheur
“La brigade venait d’atterrir devant l’immeuble. Deux policiers robots jaillirent du véhicule. Moins de cinq minutes après mon appel, ils étaient déjà là. Des copains répétaient dans le salon pour un concert de charité. A la cuisine, Blandine préparait la coke avec sa carte de crédit.
Un doigt robot pressa sur la sonnette. J’enclenchai l’ouverture des portes avec mon smartphone. Les deux flics se tenaient devant moi, impassibles.
‒ Vérification du taux de bonheur.
Une voix robot résonna dans le casque. Mesure avec un appareil cylindrique.
‒ Vous êtes dans les normes, 85 % de TB.
Avec le concert de métal, la coke et ma nana dans la cuisine, j’étais certain qu’on n’aurait pas d’embêtements.
‒ Et votre voisin, celui pour qui vous avez appelé, toujours rien ?
‒ Toujours rien, j’ai rétorqué.
‒ OK on intervient.
Les deux flics me saluèrent d’un geste robotique sans faille. Leurs pas métalliques.…”

DISSONANCES #23 | SUPERSTAR
Bob Dylan vs Paul Emploi

“« Je pourrais avoir un autographe ? »
Je me retourne. Un jeune homme d’une vingtaine d’années s’agite devant moi.
J’écris sur le carnet qu’il me tend : si je n’étais pas Paul Emploi, moi aussi je penserais que Paul Emploi a beaucoup de réponses. Je m’aperçois que le jeune homme au carnet ressemble étrangement à Bob Dylan, que ses traits sont ceux de Bob Dylan, que sa voix est celle de Bob Dylan. D’ailleurs, dans ce bar, ils ressemblent tous à Bob Dylan, des centaines, des milliers de Bob Dylan qui se battent pour me demander un autographe. Par le fruit d’un étrange transfert, je suis devenu une star, une superstar à tel point qu’une armée de Bob Dylan en transe se bat, se lacère, se démembre pour accéder à ma signature. Un autre carnet passe devant moi. J’écris à nouveau : si je n’étais pas Paul Emploi, moi aussi je penserais que Paul Emploi a beaucoup de réponses.
Quelque chose sonne. Un réveil ? C’est l’heure de se lever. Bob Dylan a disparu. Dans le miroir, il n’y a plus que moi. Quand j’arrive au bureau et qu’une conseillère de Pôle Emploi me tend une feuille à signer, je lui écris amoureusement : si je n’étais pas Paul Emploi, moi aussi je...”