CHEVALIER Bastien (extraits)


DISSONANCES #51 | BIZARRE
Les poupées
« Les deux poupées sont fines entre tes mains, corps fuselés vus partout par toi, télé et magazines des magasins, entre tes mains deux poupées, droites sans souplesse, cils longs et comptables, néant de hanches, seins sans aréole, peau rose porc, bref,

entre tes mains deux corps vus partout par toi, chez la fille de ta voisine, chez les filles tes cousines, chez les filles tes copines, décidément oui, deux corps vus revus partout par toi, deux corps plastiques entre tes mains, deux poupées Barbie archaïques, vieilles du temps passé entre d’autres mains, lesquelles tu ne sais pas vraiment, celles de la génération d’avant, sans doute, la petite sœur de ta mère, la grande sœur de ta mère, la sœur du milieu, ou ta mère, bref,

combien de mains ou de paumes ou de doigts qui ont, tu ne sais pas, tu ne sais ni qui ni quand ni quoi, tu sais que les deux corps sont là entre tes mains, deux corps vus revus partout par toi, tu les vêts les dévêts, les chausses les déchausses, les coiffes les décoiffes, même… »