Coup-de-cœur d’Anne VIVIER pour Michelin de Michel-Maxime LEGAULT
DISSONANCES #51

« C’est Michelin, en fait, qui lèche ses doigts graisseux et qui se ressert en plongeant sa main dans le baril de vingt morceaux comme si y avait pas de lendemain. » Il aurait dû s’appeler Michelin, ce sera finalement Michel. Dernier-né d’une famille rurale québécoise de sept enfants, Michel, donc, doit tracer sa route entre son doppelgänger pneumatique, naturellement adapté à son milieu de naissance, ses six frères et sœurs – truculente galerie de portraits lors d’une soirée de Noël – et des parents bienveillants mais suroccupés, qui se demandent d’ailleurs ce qu’il vont pouvoir faire de leur hypersensible petit dernier à l’unique rêve : devenir artiste pour pouvoir faire Fort-Boyard (« Parce que je voulais me pitcher dans le vide pour pogner une clé »). Ils doivent donc le surveiller de près.
L’écriture de Michel-Maxime Legault fleure bon le Québec et c’est irrésistible. Avec une économie de mots et de pages, il nous plonge dans cette enfance agricole dont il a tout fait pour s’échapper, mais sans aigreur, avec une tendre lucidité et une grande humanité. « Je devinais aussi les sanglots des animaux et je suivais lentement le cadavre dans une longue marche funèbre. » Il réussit à nous faire passer quelque chose de la dureté de ces vies, de leur fragilité aussi. Dans une scène déchirante, Michel-Maxime Legault raconte l’incendie qui a ravagé la ferme et tué ses animaux, alors que lui-même s’apprêtait à jouer au théâtre devant ses parents.
Michelin est un beau roman de réconciliation (avec lui-même) mais aussi un hommage touchant à la diversité, car comme disait sa mère : « Y a plusieurs sortes d’intelligence ! Y en a que c’est les mots, y en a que c’est les vaches ! »
éd. du Quartz, 2024
93 pages
18 €