COVELLI Florian (extraits)


DISSONANCES #51 | BIZARRE
Pas un mec normal
« C’est pas normal quelqu’un qui aime le gris
Je suis pas un mec normal moi j’aime bien le gris surtout le gris du crépuscule d’été
C’est pas un gris qui plombe c’est un gris cocon un gris coton c’est un gris grisant un gris que même si j’ai les yeux ouverts j’ai l’impression de les avoir fermés
Je vis pour ce gris moi pour ce gris qui manque aux arcs-en-ciel pour ce gris qui me raconte une histoire avant de dormir pour ce gris de mort heureuse j’espère que la mort ce sera ce gris-là ce gris de pas grave ce gris de bon sommeil
C’est pas la couleur préférée des mecs normaux ni des enfants c’est la couleur des cafards normalement mais moi je suis pas normal j’aime ce gris des 21 juillet vers 21h30 ce gris des tout-va-bien parce que le ciel était bleu sera bleu le gris rassurant des pavillons qui s’endorment avec des aboiements au fond du village et les oiseaux qui baisent dans les platanes
Je sombre dans une esquisse de… »

DISSONANCES #49 | L’ENFER
Grimace de phénix
« – Comment tu vas ?
« – Bien (doomscrolling doom destin imminence apocalypse scrolling défilement tourbillon fuite gouffre à mes pieds y aller ? flammes dans l’obscurité mystère effroi fin il n’y a pas d’autre solution que de se coudre un stylo dans la main de s’arracher la langue et d’étaler des carnets partout écrire inévitable écrire malgré soi se faire confiance écraser les autres manger livre pisser dessiner crier faire lumière de toute encre fuir les certitudes se bâfrer de doutes foncer dans le bazar du monde envoyer dinguer les brimborions voir la faucheuse en face flirter avec la lame habiter l’ombre en statue de papier ne pas avoir peur de la musique qui s’arrête du temps qui s’écroule comme une cathédrale de sable il faut toucher le verbe d’après la mort aller dans l’abîme et revenir pour dire et accepter l’exil la solitude mère de tous les enfantements oser toutes les naissances oser embarquer et traverser le Styx revenir tue l’art revenir c’est renoncer à l’infini comme destination l’art comme excursion de pirates l’incommunicable comme butin l’enfer me ment comme il respire impossibilité de l’oubli yeux grands ouverts sur l’éternité dans la… »