Coup-de-cœur de Jean-Christophe BELLEVEAUX pour La drôle de joie de Guillaume CURTIT
DISSONANCES #51

Le titre vient d’un vers : « ce soir j’ai un grand sourire dans le ventre / comme on dirait d’un souffle au cœur // le bonheur d’être un peu triste / ici // intense et seul / dans ma drôle de joie ». C’est cette solitude tout au long de la journée que Guillaume Curtit va décliner dans son livre. On aura parfois un sourire aux descriptions qu’il fait des petits riens qui meublent ses heures d’inadapté. Un sourire jamais moqueur, plutôt empathique, voire fraternel et complice. Bien sûr, quand on est inadapté social, on a des tocs comme « répéter trois fois en sortant / j’ai bien fermé j’ai bien fermé j’ai bien fermé », tout compter, se lever et quitter son lit selon un rituel bien précis, mais c’est plus un désespoir sourd – d’accord un petit désespoir parce que rien n’est grand dans le quotidien de Guillaume Curtit – qui ondule au fil des mots, et ce désespoir n’est en rien celui d’un faiseur : on note une grande sincérité, une pudeur parfois mise à mal. L’écriture est au ras de ce qui se passe, ou plutôt de ce qui ne se passe pas, au plus près aussi de ce que pense et ressent l’auteur, et c’est une belle performance puisqu’on a l’impression d’être à sa place et d’éprouver ce qu’il éprouve. C’est une vie bien compliquée : attendre. Toute la sainte journée. Le retour de Sofia par exemple. Mais se coucher tôt quand elle est enfin là pour qu’elle ne s’aperçoive pas du peu qu’on aurait à raconter. Cette existence est donc une suite de drames minuscules, dépeints précisément et avec une formidable auto-dérision. Cela donne des poèmes que l’auteur lit à sa compagne, qu’il fait ainsi bien rire, mais « demain il faudra recommencer / ruminer le silence / trouver autre chose ».
Un petit bijou.
éd. Faï fioc, 2026
60 pages
14 €