Coup-de-cœur de Jean AZAREL pour Le libraire et le psychopathe de Christophe ESNAULT
DISSONANCES #51

« Un libraire se suicide toutes les heures, mais les journalistes ne l’ébruitent pas trop car ils comptent sur les survivants pour vendre leurs livres, romans historiques ou du terroir, et autres fientes. » En ces temps de canicule, descendre le cours de l’Esnault avec pour embarcation Le libraire et le psychopathe, voilà une fraîcheur salutaire, et délibérément dénuée de toute ambition littéraire : une aubaine. Déglutition genre tiramisu vérolé sur les relations compliquées entre les acteurs d’un triolisme new-look qui réunit vendeur-client-producteur, notre Christophe du colon godille du côté de chez Sade et Freud, adoubant le Marquis et le maquis dans le même oracle obsessionnel : bientôt la fin des libraires donc, subséquemment, de l’écriture, des lecteurs, des auteurs, des revues et des chroniqueurs (haha), et que vienne le règne sans partage des psychopathes à l’humour vache : « Le libraire invite Jean-Pierre Siméon pour une rencontre et une dédicace suivies d’un petit atelier fist-fucking récréatif pour bien habiter poétiquement le monde. » Dans ce Je te hais moi non plus impitoyable, et pareil carnaval de calomnies et autres ironies impudiquement mal placées, il y a bien sûr – sciemment mal déguisée – de l’autobiographie : « On me prend très au sérieux avec ce livre » écrit en dédicace mister Esnault dans un élan flagellatoire de judéo-chrétienté qui lui vaudra peut-être la mansuétude des boulets de la chaîne du livre. On connaissait la solitude du coureur de fond et l’angoisse du gardien de but au moment du penalty, s’y ajoute désormais la mauvaise foi du prêtre à porter bas qui l’emporte haut la plume pour notre plus grande joie.
éd. Labyrinthes, 2026
68 pages
9 €