BUKOWSKI Charles | Brûler dans l’eau, se noyer dans les flammes

Coup-de-cœur d’Isabelle GUILLOTEAU pour Brûler dans l’eau, se noyer dans les flammes de Charles BUKOWSKI
DISSONANCES #51

Brûler dans l’eau, se noyer dans les flammes, hypallage vertigineux, dit d’emblée l’impossibilité d’habiter un monde à l’envers, qui n’offre aucun refuge. Tout aussi évocateurs, les titres des différentes sections – « Ça prend mon cœur dans ses mains », « Crucifix dans une main sans vie », « À l’angle de la terreur et de l’agonie »  – balisent la trajectoire de l’auteur. On y retrouve ses sujets privilégiés : alcool, femmes, sexe, jeu, marginaux, une matière poétique qui se nourrit de la défaite, du désir en décomposition : « vieille putain flétrie par le temps, tes seins ont le goût de la crème avariée du rêve ». Les poèmes, comme autant d’éclats arrachés au fond d’un verre, reflètent les fragments d’une existence en quête de sens. Ainsi le sordide et le sublime s’entrelacent dans une écriture crue, parfois obscène, traversée de fulgurances et d’images hallucinées dignes d’un voyant rimbaldien échoué dans un bar où surgit un autre monde : « la pluie respire comme des lys sur le sommet du crâne », « des Cadillac [rampent] tels des cafards sur les murs », «  des toiles d’araignées de sexe [dégoulinent] de rosée comme des rêves à mauvaise haleine ». Souvent, l’hallucination retombe dans le rire du cynique qui « attend la vie comme une grossesse », désabusé, car « Rien n’a d’importance / À part s’affaler sur un matelas / Avec des rêves de pacotille une bière à la main ».
Là réside la force du recueil : derrière la provocation, la fragilité et la tendresse pour « les âmes pures [qui] ne sont pas taillées pour le monde », «  les vies humaines réduites en miettes » dont l’auteur fait entendre la voix, empilant les mots au milieu du chaos, comme pour tenir debout quand tout s’effondre.

traduit de l’anglais (États-Unis) par Romain MONNERY
éd. Au diable vauvert, 2026
400 pages
24 €