Coup-de-cœur de Justine ARNAL pour Le château de la solitude de Luc DAGOGNET
DISSONANCES #51

Au cœur du Château de la solitude qui règne sur la ville de Plessis-Robinson, l’obstination de Jacques, écolier déjà trop adulte, les doigts recouverts de pansements, à rencontrer et à aimer coûte que coûte une lycéenne, Alexandra.
C’est autour de ce désir d’absolu voué à l’impossible que se déploie le nouveau roman de Dagognet, qui confirme ici ses talents de conteur-magicien excellant dans l’art des passages et des glissements entre les mondes. Toute histoire ne s’écrit-elle pas toujours dans plusieurs dimensions spatio-temporelles à la fois ?
Ici, où la réalité et l’imaginaire ne cessent de se contaminer plus que de s’opposer, le passage de l’une à l’autre a un coût : celui de l’automutilation de l’enfant livré précocement à lui-même, qui sacrifie des lambeaux de sa peau, payant ainsi sa livre de chair pour que l’imaginaire conjure et pallie ce que la réalité lui refuse désespérément.
Une atmosphère mélancolique et envoûtante émane de ce château de la solitude, qui semble devenir au fil du récit un personnage tragique à part entière, infléchissant peu à peu l’existence de tous ceux qui gravitent autour de lui jusqu’à les laisser se faire dévorer par leurs ombres.
C’est de la limpidité même de l’écriture que naît le grand trouble de ce roman. Dagognet entrelace des existences marquées par la douleur, qui se mue pour chacune en une forme singulière d’enfermement, d’effacement, de disparition. À l’image de ces « fenêtres qui donnent sur l’allée [qui] s’ouvrent et cherchent dans la lueur des réverbères l’origine de la tristesse », une lumière crépusculaire, à la fois terrible et magnifique, se dégage de ces êtres fragiles, inconsolables, hantés et fantomatiques. Splendide.
éd. do, 2026
288 pages
21 €