DISSONANCES #27 ORGASMES

couv 27
octobre 2014 / 48 pages / 5 euros
mise en images :
Frédérique LOUTZ

ÉDITO : GRANDES LIGNES D’UNE VIE SEXUELLE DÉTONNANTE

Ma mémoire est un peu défaillante mais je crois pouvoir comptabiliser une amante ¼. Mon zizi est gros comme celui d’un nouveau-né, ce qui ne m’empêche pas de me débrouiller. En gardant mon froc, je peux faire décoller une fille très très haut. La langue d’un poète, pour les orgasmes électriques, c’est hyper pertinent. Il y a quinze ans, j’ai ramé transatlantique pour réveiller ma nana au plumard. J’ai essayé toutes les positions du manuel pour finalement laisser tomber l’affaire. Sa chatte me fascinait, mais elle s’emmerdait tellement pendant les coïts qu’elle me laissait juste faire pendant qu’elle regardait Derrick. Dix ans plus tard, je mis un jour un coup de pied dans un buisson et huit nymphomanes en sortirent. J’ai choisi la plus ronde. A l’acmé, son visage devenait celui d’une suppliciée, elle hurlait comme une bête qu’on éviscère et retombait sur le lit comme morte : je flippais à fond, parce que je croyais vraiment qu’elle était morte, sauf qu’à peine sortie du coma où je l’avais plongée avec mon micro-pénis, elle me disait « Encore ! ». Depuis 2005, ma sexualité est en sommeil. Je pensais même que c’en était fini définitivement quand mon ami Flapp m’a dit « C’est ton tour pour l’édito : Orgasmes ! ». Là, j’ai pensé à nos quatre-cents lectrices-lecteurs, à nos vingt-et-un auteurs, je les ai emboîtés dans tous les sens en une partouze démentielle. Plein de combinaisons possibles. La vision était trop belle : j’ai lâché un petit grognement en polluant mon slibard.

Christophe ESNAULT

DOSSIER « CRÉATION »  : ORGASMES

Samantha BARENDSON : Sex-teto
“Fermement ses mains l’enserrent, caressent ses anches libres, pénètrent dans le cuir, se chauffent et se dilatent au gré des tessitures, baisant le bois, les nacres, l’acier ou le laiton. Une fois encore, Astor s’accouple au bandonéon. Et les groupies argentines…”

Cédric BONFILS : Jouir, tenir
“La nuit se retire / Ton orage de désir insatisfait / Et le mystère de cette hargne haine / Réveillé bandant agité de vertiges et cauchemars / Tes sueurs partout sur l’oreiller la couette / Les murs peut-être humides à force / Le corps flou assemblage comme…”

Xavier BONNIN : Tractus optique
“Homme penché, d’entre les âges, d’entre la terre retournée, tu marches par devers les abîmes, membres croisés puis décroisés. / Glisses le long de la rambarde, manques de t’effondrer, plisses les yeux, puis te redresses et te diriges vers le passage intérieur…”

Thomas BRAUN : Le Chant de sa tête contre le mur
“Elle a posé la bouteille de vodka / Et s’est mise à pleurer. / Le salon était triste et encore rempli / Des cris et des larmes des heures passées. / La nuit était là et détériorait tout / La nuit était atroce et n’en finissait plus / Depuis combien de temps si longue / La…”

Véronique CORME : Plic
“Couloir silencieux. Tomettes. Demi-jour. Femme adossée. Homme à peine appuyé contre elle. Je ne sais pas ce que je fais. Membre dilaté tiré hors de son enveloppe textile. Verge défroquée qui hoquette un orgasme. Foutre tombant sur…”

Sandrine CUZZUCOLI : Organismes vivants
“Or, faire l’amour. Organismes vivants, individus, or dans les corps, corps organisés, menés par les orgues de barbaries qui chantent, chutent les corps mais tendus, bien tendus les gonades enivrées que nous sommes avant l’eau qui coule, avant, l’eau dort, les…”

Charles DESAILLY : Brèche 
“Aimer l’haleine de cette ville / fétide et longue / les murs aux senteurs d’urine / toute cette vulve béante / vomissant des veaux / aux couilles ordurières. / Les ruines graphiques / dressent un décor du désastre. / Nos amours sont lavés par l’ennui / et nous…”

Clément DESPAS : Egoïste
“Ma toute belle se renverse et, m’agrippant aux fesses, elle se fend et m’enfonce, d’un seul coup, jusqu’au bout. J’y ai à peine le temps d’un éblouissement que Tu fais quoi ? elle active : concentrée – les yeux clos – elle reflue, me reprend, me repousse, me…”

Blandine FAURÉ : L’infixable solennité du jouir
“Je n’ai aucun souvenir de mon premier orgasme. Age, partenaire ou absence de partenaire, lieu, position, affiches scotchées au mur, larmes post-coïtales, forme du sexe ou des doigts… C’est la première fois que j’ai à faire à un tel trou noir dans…”

Tristan FELIX : A corps perdus
“- Hors ma vue, résidu de culbute ! Pas d’histoires entre nous. La mort n’en a pas. Tu tripotes encore la vie, avec tes gants de vierge moite. Essaie-les en peau de verge retournée, tu pâliras. Il ne faut avoir d’yeux qu’en face des trous mais toi, tu ne l’as même…”

Jean-Marc FLAPP : Vas-y Jackie ! 
“Il est neuf heures pétantes quand Jackie pousse la porte de la salle de sport. Cinq minutes d’échauffement au rameur bien à fond et, quittant son jogging, Jackie nous apparaît en toute majesté, Venus Musculator au torse colossal auquel…”

Jean-Marc GOUGEON : rgsm
“allez savoir le pourquoi de tant de plaisirs / ils les ont tant cherchés en eux-mêmes / jusqu’à ce que la tête se fende / d’une quête primale / entre les jambes / en bordure des plaisirs planifiés / palpite la peau dès que le cri arrive / à monter si haut qu’il ne…”

Philippe GUERRY : Par où tu passes 
“Tu me parles toujours des mêmes paysages. Un ruisseau qui serpente, qui te chatouille les orteils, puis des ruisseaux, arrivant de partout, qui se concentrent pour faire des vagues, des petites vagues d’abord, qui font frémir tes mollets et font te…”

Virginie HOLAIND : L’appel des appels
“L’orgasme, franchement c’est facile. / Ça crie un peu dans l’entre-jambes, ça se joue appel des appels. / Ben oui, c’est facile. / On craint la lutte, l’échauffement, mais on se brûle. / On s’écoute, on s’affole. Et puis quoi, l’orgasme, c’est le pain du pauvre. / Ça…”

Arielle LACAZZI : Le Pen à jouir
“Je revois le mur sur lequel ces mots peints à la hâte, d’une taille démesurée : « Je suis homme avant d’être Français » et la fierté que je concevais d’en comprendre le sens, chaque fois renouvelée, lorsque notre voiture le longeait, tout près…”

Ghislaine LE DIZÈS : Stellaire
“Elle avait baisé avant, elle avait fait l’amour avant, elle avait joui avant. / Mais c’est lui qui l’a rendue femme. / Il la dilate si fort, si large, et si profond quand il est en elle. Il provoque l’extase des larmes. Il l’entoure, il la protège. De son buste large il l’…”

LE GOLVAN : Something’s got to give
“On est en avril 62, elle fait un passage pulsionnel à Paris pour fuir ses soucis de contrats, les tournages dramatiques, le procès. Lui traîne son ombre sur les quais. Il est tard, il ne veut pas rentrer. Voulait-il se foutre à l’eau, qui sait ? Et là…”

Samuel LÉVÊQUE : Anatomies parallèles 
“Dans les rêves d’Aria, elle courait en robe fourreau, sur un gigantesque green, swinguant avec des battes hypertrophiées dans des balles d’or qui s’élevaient en l’air, répandant paillettes et arcs-en-ciel sur son visage, et sur le visage de cette poupée masculine qui lui ressemblait étrangement…”

Thomas ROUSSOT : Des chiots baveux
“Il prépare sa pipe à défonce, les canettes s’entassent, l’ivresse le couche à l’horizontale, rêve de pénétrations taxées. Préviens-la quand tu vas jouir, il sent que ça vient, elle avale tout, il stoppe sa remembrance. / Quoi de neuf ? Rien. Alors casser l’…”

Catherine SERRE : Six ans et balançoire
“Deux anneaux blancs dans des spirales de fer / Deux cordes rêches sèches coupantes / Balançoire au jardin / Au vent / Et à la force / Promesse d’envolée / Six ans et balançoire / Toute excitée de prunes / Et de ciel / Les caresses du vent / La jupe se…”

WB : Wanking-class hero
“L’embarras de mon pote quand sa copine découvrit la cassette dans le magnétoscope / “c’était un jour où tu n’étais pas là” / l’embarras terrible – mais drôle / quand sa copine m’a demandé mon avis / j’ai toujours bouffé du porno / internet c’est…”

PORTFOLIO : Frédérique LOUTZ

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“Actes jouant un rôle sous le masque de la nudité, les dessins de Frédérique LOUTZ se donnent en spectacle absurde : un secret se dévoile tout en recouvrant ce qu’il veut montrer. Le grotesque tente la grâce : des femmes se saluent de leur chatte, des queues…”

RUBRIQUES « CRITIQUE »

DISSECTION (21 questions à un(e) auteur(e) connu(e))  :
Ivar CH’VAVAR

Écrivez-vous plutôt « pour » ou « contre », « dans » ou « hors », « malgré » ou « à propos de » ?Contre. Il me faut écrire contre – les habitudes acquises, les certitudes des poètes, les « savoir-faire » qui nous enferment, le « poétique », les mots qui poussent pour être les premiers, le phrasé « naturel », etc. Contre tout…”

DISJONCTION (4 regards croisés sur une oeuvre remarquable)  :
Bréviaire du Chaos (Albert CARACO)
“« J’élève un chant de mort et je salue le chaos montant de l’abîme et la terreur antique revenue du fond des âges ! » De fait : les cent-vingt textes d’une page qui constituent l’ensemble du Bréviaire du chaos sont un sommet inouï de poésie barbare tendance Fin des temps en…”

DISSIDENCES (8 coups-de-cœur de lecture)  :
Jérôme BACCELLI : Aujourd’hui l’abîme 
(éd. Le Nouvel Attila, 2014)
Ritta BADDOURA : Arisko Palace
(éd. Plaine Page, 2013)

Diane BRASSEUR : Les jalousies (éd. Allary, 2014)
Jean CAGNARD : Grosses joies (éd. Gaïa, 2014)
Laurent CENNAMO : Pierres que la mer a consumées (éd. Samizdat, 2013)
Thierry CLAIR-VICTOR : Frédérick (éd. De Soledade, 2013)
Yvon Le MEN : En fin de droits (éd. Bruno Doucey, 2014)
Fred SOCHARD : Cordel cheminot (éd. Les Arêtes, 2012)

DISGRESSION (carte blanche sur un domaine autre que la littérature)
Anne MONTEIL-BAUER : Là où nos pas nous mènent (I)  : Judith Scott
“Pris dans le diktat des choses à faire, qu’est-ce qui fait qu’on pousse une porte plutôt qu’une autre ?
Être plume, être fil, presqu’invisible, ne vous frôler que par la caresse.
Pas de tsouin-tsouin, pas d’œillades, pas d’arrières pensées, pas de…”