BARENDSON Samantha (extraits)

DISSONANCES #28 | AILLEURS
Varadero

“Segmentation vacancière. À gauche les pauvres, les Cubains, avec dix kilomètres de plages paradisiaques, sable blanc et fin, mer bleue translucide, quelques baraques de roche et paille, des palmiers, des pélicans en liberté, la pêche et le soleil. À droite les riches, les autres, avec dix kilomètres de plages bétonnées, des hôtels « all-inclusive », des colliers de boules en plastique coloré pour régler les consommations, des bracelets d’hôpital pour se reconnaître, s’identifier, se démarquer. Bracelet rose pour les clients du Melia Varadero, bracelet vert pour les clients du Breezes Varadero, bracelet bleu pour les clients du Paradisus Varadero. Personne ne se mélange, chacun demeure dans son hôtel tout compris, dans sa tour de cristal aveuglant, dans son paradis plastique construit de toutes pièces à deux pas d’une…”

DISSONANCES #27 | ORGASMES
Sex-teto

Fermement ses mains l’enserrent, caressent ses anches libres, pénètrent dans le cuir, se chauffent et se dilatent au gré des tessitures, baisant le bois, les nacres, l’acier ou le laiton. Une fois encore, Astor s’accouple au bandonéon. Et les groupies argentines regardent son soufflet grandir et s’allonger, revenir et diminuer, enfler pour exploser, s’enfuir, recommencer, aller-venir, Astor qui va, Astor qui vient, Astor entre les lames, entre les basses et les aigus, entre les rêves flous de belles mélomanes, entre les cuisses lourdes des femmes de Buenos Aires qu’elles serrent et cambrent leur chevelure, aiguisent leurs talons, déchirent leurs encolures, défient leur bas Nylon, fantasment des Milongas, soupirent, sous-ferment leurs regards et sentent le tango tandis qu’Astor poursuit d’aimer son instrument, de labourer ses partitions, de souffler rauque, de frapper le clavier, de fouetter le maillechort, de jubiler, de jouir. Projection de notes, de cris, de…”