DISSONANCES #28 AILLEURS

Couverture Dissonances #28

avril 2015 / 48 pages / 5 euros
mise en images : 
Laurent NICOLAS

ÉDITO : HORS DE PORTÉE

Ailleurs est beaucoup plus que là où je ne suis pas : mon ici est ailleurs pour tout ce qui n’est pas moi et (selon que c’est le désir ou la peur qui m’inspire) l’herbe serait plus verte, ou m’attend le danger. Ailleurs est subjectif, contrariant, compliqué : c’est l’hors de moi total mais juste dans ma tête, c’est où je ne peux être (forcément) qu’en pensée et où je me projette sans jamais m’y retrouver, ce qui ne s’atteint pas parce que c’est par essence, quoi qu’on fasse, à distance : c’est là mais on ne touche pas. Ailleurs : hors de portée… Cela n’empêchait pas (nous sommes ainsi faits) d’y aller tout de même (et, comme on le verra, pas seulement en pensée) pour en ramener des mots (comme autant de souvenirs) pas pour le circonscrire (ce serait vanité) mais pour ouvrir des portes par lesquelles sortir et faire l’expérience (sans cesse renouvelée) de l’extase poétique : être un temps – celui de lire – en soi et hors de soi.
Ailleurs donc…
On y va ?

Jean-Marc FLAPP

DOSSIER « CRÉATION » : AILLEURS

Justine ARNAL :  L’hôtesse de l’air
“Depuis que je suis hôtesse de l’air je l’ai bien compris / Ce que c’est, la vie, quand ailleurs ne signifie plus rien / Après avoir mangé ailleurs dormi ailleurs été malade ailleurs d’avoir trop bu et trop couché …”

Christophe BARANGER : Traces
“Il y a de l’eau, de l’eau, et ça c’est vrai, et dans ta tête tu boucles, tu boucles, et tu ne fais que boucler sinon il y a du vide, du vide, et ça c’est vrai, mais l’eau, l’eau c’est la seule chose de vrai, que tu boucles, tu…”

Samantha BARENDSON : Varadero
Segmentation vacancière. À gauche les pauvres, les Cubains, avec dix kilomètres de plages paradisiaques, sable blanc et fin, mer bleue translucide, quelques baraques de roche et paille, des palmiers, des…”

Guillaume BASQUIN : (L)Ivre de papier
“les lettres s’appellent se divisent se multiplient coulent c’est en lisant à voix haute qu’aux tout premiers siècles de notre ère on pénétrait le sens de textes dépourvus eux aussi de ponctuation et même…”

Catherine BÉDARIDA : En partance 
“partir passer par les ailleurs toujours aller respirer ample traverser / le ruban gris d’une route infinie perçant un plateau d’altitude entre des massifs de montagnes mordorées horizon / spacieux sur lequel…”

Anne de BERGH : Apesanteur
“Depuis des jours, nous cheminions, curieux, acharnés ou distraits, abandonnant à chaque aurore l’abri calfeutré des tentes endormies et la tiédeur accumulée au long d’une nuit bienveillante au creux de nos…”

Émeline CHANU : Digression
“Être ailleurs. la tête à autre chose. choses dans la tête. à l’ouest dans les limbes très loin oui très loin on dit dans la lune on dit perdu dans les nuages aux abonnés absents. / Dans le vague. ce terrain familier…”

François CRAITIN : L’automne à Brooklyn
“Je pense à tout ce que les télécommunications ont fait de bien et de mal / à mes relations / Je pense à toutes les fois où je me suis dit « mais non, non, / ça ne peut pas finir là à cause d’une panne de…”

Clément DESPAS : En-deçà
“tu as planté tes griffes, tout ton corps s’est plaqué, tes yeux se sont ouverts sur quelque part très loin (bien au-delà de moi) dont la vision soudaine les a illuminés, ta bouche a fait un oh qui est resté…”

Christophe ESNAULT : Kerouac go home
“Je ne traverserai pas la rue, je m’y refuse. Des jeunes pourraient mettre des drogues dans mon Yop. Je n’y tiens pas. Nul besoin de vérifier que je suis bien du bon côté. Cela fait suffisamment longtemps que je suis…”

Alexis FICHET : Hamlet à Tokyo
“Samedi 24 janvier. Arrivé fatigué, mais aucun problème dans les zones de jonction. Je crains un séjour éprouvant. Nous avons fait dans l’avion le bilan des représentations françaises avec Jean-Christophe. Il faut…”

Aurélia GANTIER : Déracinée
“La dernière image, ce sont des mouchoirs rouges et blancs, qui tournaient au dessus de leur tête comme des hélices. Toutes les couleurs s’envolaient vers le ciel, comme des cerfs-volants, et c’était…”

Jean-Marc GOUGEON : L’ailleurs se vexe
“L’ailleurs se vexe et se renfrogne si l’importun n’y va pas alors qu’on l’y avait formellement invité. / L’ailleurs retrouve la joie de vivre quand enfin il aide la femme battue à faire ses propres cartons moins…”

JuDi : Journal de Quelque Part
“20 octobre. Premier jour en CAP cuisine. J’ai fait des crêpes hier soir. Trop pour moi toute seule. Frappé chez la voisine vers 8 heures, il faisait pas bien jour encore. Elle a entrebâillé sa porte juste assez pour…”

Danielle LAMBERT : Ce qui existe
“I / Quelquefois c’est là, voile de mémoire danse, scintille, appelle, effleure. Une joie ancienne, comme une idée de joie s’éparpille. Au-dessus des cadeaux, zébrées de feuilles de gel, les vitres…”

Nicolas LE GOLVAN : Béranasi
“C’était le premier jour à Vârânasî, ce Bénarès éveillé, pour quelques heures encore Bénarès. Il n’était que dix heures et nous prenions acte de la chaleur assommante comme un gage attendu au jeu du…”

Sarah MÉRAND : Après le dégoût
“Maintenant que je suis mort, je vois tout. Alors je te regarde. J’ai été là pour te voir grandir avec l’envie profonde, presque originelle, d’être ailleurs. J’ai été le seul témoin de ton monde froid, vide…”

Thomas POURCHAYRE : Pile & Face
“Pile / Ailleurs l’herbe est plus verte. Les moutons sont noirs façon limousines, il pleut moins et ils votent mieux façon responsables. Quelle paix propreté aussi. Quelle ingéniosité et pourtant quelle…”

Annie ROLLAND : Au point de n’avoir plus d’âge
“J’ai grandi dans la certitude que je tenais le monde dans mes mains en scrutant les cartes que les géographes avaient dessinées. Je devais peut-être cette conviction à mon père qui, par ses longs voyages, me…”

Jacques VINCENT : Littérature de gares 
“Elle me dit en plaisantant : tu as peur de te sédentariser et je rêvai que je partais en voyage en laissant ma demeure à ciel ouvert. / L’eau des larmes recueillies avec patience se renverse sur un quai. Un haut…”

PORTFOLIO : Laurent NICOLAS

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Je me souviens avoir volé la silhouette d’une fille sur la plage, un dimanche au Lagon. Elle est venue parler longuement, comme si le fait de dessiner son ombre sur ce monde se devait de porter aussi son histoire. Une vie en tropique, sur une île que d’aucuns imaginent…”

RUBRIQUES « CRITIQUE »

DISSECTION (21 questions à un(e) auteur(e) connu(e))  :
Antoine EMAZ
Écrivez-vous plutôt « pour » ou « contre », « dans » ou « hors », « malgré » ou « à propos de » ? Pour les poèmes, plutôt « contre », « dans », « malgré ». Pour la critique, ce serait plutôt « pour », « hors »

DISJONCTION (4 regards croisés sur une oeuvre remarquable)  :
Poupée, anale nationale (Alina REYES)
“Poupée est l’épouse de Primus, le chef d’un parti d’extrême-droite, le Tronc. Rêvant d’être cheftaine « enpolitic » à la place de « Monmari », elle refuse de se plier à ses ordres matrimoniaux. Il est hors de…”

DISSIDENCES (8 coups-de-cœur de lecture)  :
Xavier CARRAR : Erreur 404 – éd. Lansman, 2014
A. CHOPLIN / H. MINGARELLI : L’Incendie – éd. La Fosse aux Ours, 2015
Sophie DIVRY  : La Condition pavillonnaire – éd. Noir sur Blanc, 2014
François ESPERET  : Gagneuses
– éd. Le Temps des Cerises, 2014
Daniel LABEDAN : Central Cosmos
– éd. La Dragonne, 2009
MOREAU  : Idiots nos héros
– éd. Théâtre ouvert, 2013
Pascaline MOURIER-CASILE : Paula toute seule – éd. Maurice Nadeau, 2014
Boris WOLOWIEC : Nuages – éd. Le Cadran ligné, 2014

DISGRESSION (carte blanche sur un domaine autre que la littérature)
Anne MONTEIL-BAUER : Là où nos pas nous mènent (II) : Art brut, art policé
“Je suis allée vous voir, Judith Scott. / Au Brooklyn Museum, au quatrième étage. / J’ai recouvert mon corps de pull-overs à cause du froid du mois de février, la tête prise dans les filaments du…”