MOURIER-CASILE Pascaline | Paula toute seule

Coup-de-coeur de Tristan FELIX pour Paula toute seule de Pascaline MOURIER-CASILE
DISSONANCES #28

paula

Paula : une seule et même île intérieure mais multipliée au gré des liaisons avec des transfuges d’un moi circonspect : il fait le tour de l’autre, le tient en respect jusqu’à manipuler son désir et l’éconduire, mais ce n’est pas tant lui qui est trompé que la solitude, cette fragile tour qui se fortifie après qu’elle a été ébranlée. Alors seulement la vie peut affluer, le corps s’abandonner à la secrète galerie de ses miroirs et enchantements. Le lecteur glisse au cœur des choses : une eau brûlante qui s’évapore, un œil de lézard, le crissement d’une soie jaune, une branche de fenouil aves ses ombelles. L’image poétique tout comme les rencontres amoureuses sont des intercesseurs entre le réel et la merveille qui permet d’accéder à l’autre en soi. La figure de Paula est confiée à différentes instances qui se relaient, s’interceptent, brouillent savamment l’identité comme l’espace-temps : c’est tantôt je tantôt elle et puis à la fin, François, l’ultime amour, le double insulaire, le moi archaïque, l’élu narrateur, a droit, lui, de l’identifier comme  elle  et donc de la mettre en forme, avec son ébauche de roman. Ce stratagème narratif révèle que, par l’abandon aux courants contraires et le décrochage de sa propre narration, le réel, paradoxalement, s’ancre et définit la figure qui tenait l’autre à distance. Le personnage est ainsi pris au sens érotique, organique et intellectuel du terme, jusqu’à être compris, incorporé, enfin rendu à sa matière libre. Il peut désormais veiller, comme l’œil d’un étang sans paupière : “Paula disparue, Paula silencieuse. Paula noyée enfin au creux tiède, visqueux et paisible du vieil étang qui si longtemps la fascina.”

éd. Maurice Nadeau, 2014
251 pages
15 euros