DISSONANCES #38 FEUX

mai 202048 pages / 5 euros
mise en images : Aline ROBIN

ÉDITO : CONTRE-FEUX

Depuis près d’un million d’années on s’enorgueillit de l’avoir domestiqué, de pouvoir en user à notre convenance, et puis non. Ça n’était peut-être pas fait pour nous, ce truc, finalement. On contemple l’étendue du désastre – cendre et fumée – tout est parti dans le noir. Alors on se demande à quel moment ça a merdé pour qu’on en arrive là : l’étincelle qui a mis le feu aux poudres, c’était quoi au juste ?
Alors que se propage la menace d’une combustion intégrale qu’alimentent sans cesse les pyromanes du business, 21 auteurs se sont penchés sur cette brûlante question et livrent dans ce 37ème numéro de Dissonances leurs subjectives approches de cet élément avec lequel l’humanité semble entretenir un rapport ambivalent, entre fascination et défiance, maîtrise et hybris. Enluminés par les flammes d’encre d’Aline Robin, ces textes sont autant de contre-feux allumés pour préserver ce fragile espace dont par exemple Alexis Gloaguen, Lambert Schlechter ou Alexander McQueen ont fait leur domaine, celui d’une création singulière.
Et puisque l’époque est au confinement, souhaitons au lecteur de trouver dans ces pages de quoi alimenter son foyer intérieur. Pour apaiser la morsure des brûlures de l’âme, pour ranimer la passion qui crève sous la cendre, asseyons-nous autour du feu, tisonnons, dissonons !

Côme FREDAIGUE

DOSSIER « CRÉATION » : FEUX

Benoit BAUDINAT  : Feux (Last Statements of the Offenders)
“/// « Euh, Pamela, est-ce que tu peux m’entendre ? Stephanie, Hardy, Marcus, dites à toute la famille que je les aime. Je suis désolé pour les moments difficiles et ce qui me fait mal, c’est que je vous ai fait mal, et Patricia m’a écrit, dites à Patricia que je…”

Catherine BÉDARIDA  : Les en-allées, odeur de braise
“feu pierres lave
à coup d’incandescences
le volcan a soufflé les…”

Jean-Christophe BELLEVEAUX : Imprécation
“enfermé dans un parallélépipède rectangle c’est-à-dire une chambre ou un salon emboîtement de petits pavés qui constituent ce qu’on nomme appartement fenêtres ouvertes sur le froid pour le cri ou contre l’humidité de la lessive mise à sécher foutre le feu à…”

Benoit CAMUS  : Nuit Cheyenne
“Tu regardes ta voiture flamber. Des adolescents s’agitent devant, t’empêchent de t’approcher. Ils te tiennent à distance. Tu allais dire à distance respectable, tu t’es rétracté. De respect, il n’y a pas. Aucun pour ton désarroi. Il faudra t’organiser autrement. Ils s’…”

Evelyne CHARASSE : Je serai
“Je serai
Naufrageuse
Ton regard…”

Thierry COVOLO : Retour de flamme
“Nous étions garés devant le 942 de la Vieille Route. Je m’étais juré, quoi, cent fois, mille fois, un million peut-être, de ne jamais y remettre les pieds. J’avais tenu bon pendant vingt ans. Mais voilà, j’étais là, à nouveau. C’était l’automne. L’hiver allait bientôt s’…”

Christophe ESNAULT : Autobiographies de mes eaux froides
“Un bras de poupée, brûlé à la flamme d’un briquet qu’un enfant écrase sur la joue d’un autre enfant. Une pomme du verger traversée par une branche posée sur les braises d’un feu improvisé par la faim. Une maison en feu à Morlaix et des badauds qui profitent du…”

Joseph FABRO : William Leonard Laurence ou de la Trinité
“William L. Laurence dit Willy a les yeux qui piquent, un bref flash blanc, plus blanc que le ciel et puis les yeux qui grattent, blessés, pendant un instant rien en dehors du blanc, Willy n’a vu que de la lumière, comme un soleil, un astre, dans la rétine et on…”

Aline FERNANDEZ : L’envers de la peau
“J’ai
Sur l’envers de ma peau
Un tatouage ancien…”

Frédéric FIOLOF : Le feu aux fesses (une mort de Roméo et Juliette)
“Il fallait s’y attendre : le pratachtère s’est brisé juste au moment où nos parents sont entrés dans le salon. Quel vacarme ! Mon huitième sexe venait de se rompre à boire entre les seins voluptueux de
quelqu’un qui n’était ni toi ni moi mais qui était bien là mon Dieu et…”

Louis HAËNTJENS : V o l c a n (s)
“1. D’abord, rien. Enfin, rien. Si. Un qui s’envole. Un qui a senti avant les autres. Mais. C’est tout. Un qui s’envole avant les autres et c’est tout. Sinon, rien. Tout ressemble. Personne doute. Sauf un. Comment ? Sais pas. Lui-même sait pas, sent. Pas son boulot de…”

Philippe LABAUNE : Chant de la meute
“tout ce qui était stable et solide part en fumée c’est la nuit le feu la foule les enfants une ligne de corps fins et droits chacun suspendu dans la marche trente enfants en capuches le visage de mon frère les portes se ferment je brûle la nasse les vestes les…”

Thomas D. LAMOUROUX : La grotte
“Le film commence. Ils regardent le film. Ils passent de l’autre côté du regard. Les souvenirs  s’animent.  Ils rêvent. Ils voient défiler le rêve du film. Ils ont les yeux ouverts. Ils regardent le rêve.
Puis les ombres s’animent. Les flammes dansent. C’est un…”

Lionel LATHUILLE : Pas au feu
“Au cœur d’une campagne déserte, on m’indique une bâtisse que je devrai habiter, aux volumes rudimentaires comme une grange. L’air est froid, couleurs estivales mais climat hivernal, il faudra que je chauffe l’habitation. L’intérieur du bâtiment est quasiment…”

Mathieu LE MORVAN  : L’écluse
“de ta lucarne Salomé
je te vois peindre les feux
qui illuminent le…”

Mathieu MARC : L’aube
“Des sphères en arc-en-ciel hésitent au-dessus des monts et buissons
une flamme de feu jaillit verticale dans un nuage encore bleu
un oiseau seul se dirige à tâtons dans les flots qui rayonnent sans…”

Miel PAGÈS  : Médée pas de mots
“je dépose
je dépose des animaux
je dépose des animaux morts…”

Stéphanie QUÉRITÉ : Inflammation
“Allongez-vous.
Déposez-vous.
Relâchez tout…”

Clément ROSSI : Feu de Lou
“Lou traverse le décor de long en large, et je vois tous les objets oubliés qui brillent faiblement sur son passage comme s’ils retrouvaient leurs trois dimensions. J’entends par « décor » la toile tendue dans mon ventre où passent éternellement les films qui ont déjà…”

Perle VALLENS : Pyrophilia
“Tu la vois cette petite flamme ? Dis, tu la vois ? Tu la vois, oui. Elle vient de surgir, minuscule, fébrile, hirsute petite mèche bleutée. Tu la pares de ta paume droite comme un mur pour la protéger, pour éviter qu’elle ne s’éteigne. Tu l’observes en…”

Louis ZERATHE : Rétroéclairage de ma langue & faim du monde
“Rétroéclairage de ma langue
Tournée sur elle-même
Sept fois…”

PORTFOLIO : Aline ROBIN

“Mes premiers pas vers le travail de dessin ont été guidés par les formes et motifs de la nature : animal et végétal revenus par fragments, formant des paysages grotesques voire monstrueux,
taches ou zébrures comme autant de ponctuations ou de traces de…”

RUBRIQUES « CRITIQUE »

DISSECTION (21 questions à un.e auteur.e connu.e) :
Alexis GLOAGUEN

Trois oeuvres qui vous ont sidéré :
Si j’entends “œuvre” comme “œuvre complète” (car j’aime tout d’un artiste, le génial et le moins bon), je dirai : Malcolm Lowry en littérature, Sam Peckinpah pour le cinéma, The…”

DISJONCTION (4 regards croisés sur une oeuvre remarquable)  :
Je n’irai plus jamais à Feodossia (Lambert SCHLECHTER)
“Avec Je n’irai plus jamais à Feodossia, Lambert Schletchter poursuit ses proseries et son dialogue avec le monde. Ce recueil de textes d’une page – d’une seule coulée pourrait-on dire puisque l’auteur ne rature jamais – tient autant du journal intime ou des…”

DISSIDENCES (8 coups-de-cœur de lecture)  :
Éric COSTAN 
 : Lorsque la seule réponse est demain – éd. La Centaurée
“« Souvent au quotidien / Tu ne me tiens plus la mainC’est un peu comme en hiver / Lorsque la seule réponse est demain ». Promeneur solitaire dans une nature apaisante et bouillonnante, Éric Costan, «  les yeux derrière les lunettes du quotidien », cultive…”
Rémy DISDERO : Oaristys – éd. Cormor en nuptial
“Écrire le désir et son monde de combustion, écrire le sexe comme si vous y étiez encore (merci, on a eu une vie, on connaît), mais ce désir un peu particulier qui nous amène vers une citation de Bataille aussi souvent usitée que très juste : « Le coït est la…”
Christophe ESNAULT : Ville ou jouir – éd. Louise Bottu
“Ouvrir ce livre, ô Paria, te sera toujours plus lucratif qu’un grossier suicide : « Je ne fais pas de l’humour, je fais preuve de lucidité. » Tu y surferas sur les Vagues Rutilantes de cinq écrits de formes diverses qui se chevauchent dans une Déflagration Trashy. Ville ou…”
Mathieu RIBOULET : Les portes de Thèbes – éd. Verdier
“« Le seize septembre deux mille un, mon père, franchissant les grilles de l’hôpital où un diagnostic de cancer, pronostic deux ans, venait de lui être posé, me dit : « Aujourd’hui ton grand-père aurait eu cent ans et ta grand-mère est morte depuis cinquante ans » : ainsi…”
Valérie ROUZEAU  : Éphéméride – éd. de la Table Ronde
Éphéméride c’est sauter cloche-pied dans le temps sur deux portées : la main droite pour le temps qui va, la main gauche pour la récolte de ce qui revient. À la main gauche, les astres flamboyants
et protecteurs des présences et des voix amies aimées, même si…”
Anne SAVELLI
 : Saint-Germain-en-Laye – éd. de l’Attente
“C’est un livre en provenance des interstices du passé et des pavés de Saint-Germain-en-Laye, une divagation spatiale et temporelle dans la ville bourgeoise perchée sur son belvédère et l’extrémité du RER A. Loin, très loin de la banlieue Est, Saint-Germain…”
Philippe THIREAU  : Melancholia – éd. Tinbad
“« te raconte cette histoire ma belle mort crachant des cailloux en place de mots ». Ainsi s’ouvre en jactant cette courte pièce qui narre en trois actes la fin de l’histoire (sans je) de deux belles âmes, le soldat et la fille violette. À la fin, le grand oiseau planeur…”
Johann ZARCA  : Braquo sauce samouraï – éd. Fleuve
“« Je me faufile vers la sortie, une meuf ultra-michto s’accroche à mon bras :
– S’te plaît Mec, je t’en supplie, laisse-moi t’accompagner !
Je la dévisage et dans la lumière des spots, reconnais…”

DI(S)GRESSION (carte blanche sur un domaine autre que la littérature)
Anne Sophie LIN ARGHIRESCU  : Duel et entre-deux : Alexander McQueen
“Qu’est-ce qui fait que le nom d’Alexander McQueen sonne aujourd’hui comme celui d’une légende ? Et puis, qui est donc le fameux McQueen ? Certains vous diront… Un homme gros, fat et niais, et chauve de surcroît. Et d’autres… Un artiste chevronné…”