FABRO Joseph (extraits)

DISSONANCES #38 | FEUX
William Leonard Laurence ou de la Trinité
“William L. Laurence dit Willy a les yeux qui piquent, un bref flash blanc, plus blanc que le ciel et puis les yeux qui grattent, blessés, pendant un instant rien en dehors du blanc, Willy n’a vu que de la lumière, comme un soleil, un astre, dans la rétine et on meurt et on meurt et on meurt, pire encore que le soleil, Boom ! à l’arrière du crâne dans le cerveau ou la cervelle, dans la chambre obscure de la tête toute la clarté du ciel qui s’accumule, on y croit pas tellement c’est beau, impossible, il faut le faire encore tellement on y croit pas, tellement c’est impossible, il dit qu’il n’y croit pas, les autres non plus, on chuchote, la lumière encore là, enfoncée de force dans la rétine,
le soleil presque gris, une boule rouge, jaune, violette, translucide, comme du verre, l’équilibre qui manque, mais c’est impossible, on a jamais vu ça, jamais, pas même dans les rêves, translucide comme un rêve, personne pour rêver un truc pareil, personne, ça fait peur, on dirait un cauchemar en fait, mais impossible avec toute cette lumière, il plisse les yeux, les autres aussi, et puis le son… ça gronde, on dit que ça gronde, mais ce n’est pas ça, c’est plus fort, plus loin, ça serait presque vivant, une voix, on dit une voix, mais toujours impossible, parce que…”

DISSONANCES #36 | LA VÉRITÉ
Champ de blé aux corbeaux
“Il était schizophrène, et bipolaire, syphilitique, et atteint de saturnisme.
Il s’est tiré une balle dans la poitrine en visant le cœur, et les frères Secrétan lui ont tiré une balle dans la poitrine par accident en jouant aux cow-boys, et les frères Secrétan lui ont tiré une balle dans la poitrine en visant le cœur parce qu’ils voulaient le voir mourir.
Il a raté son cœur mais il voulait mourir, et il ne savait pas ce qu’il faisait, il était saoul, et il était malade, et il était fou, et il voulait mourir parce qu’il savait qu’il était malade et parce qu’il avait conscience de sa folie, et il n’était pas conscient de ses actions parce qu’il était fou et malade, et il ne voulait pas mourir c’était un appel au secours, et il ne voulait pas mourir même s’il se savait fou et malade, et il ne voulait pas mourir parce qu’il ignorait qu’il était fou et malade.
Gaston et René Secrétan jouaient quand le coup est parti tout seul, ils ne pensaient même pas pointer l’arme sur lui, et ils savaient qu’ils visaient son cœur, et ils voulaient tirer mais pour de faux, ils ne pensaient pas lui faire mal, et ils voulaient tirer, ils savaient que l’arme était chargée, et ils espéraient juste le blesser, et ils voulaient le voir mort. Il était leur…”