LE MORVAN Mathieu (extraits)

DISSONANCES #38 | FEUX
L’écluse
“de ta lucarne Salomé
je te vois peindre les feux
qui illuminent le canal

tes feux glissent au loin
sous les ormes déchirés
par le silence et la nuit

les barges à leur sillon
fissurent d’ocre-roux
les eaux noires de l’écluse

et soudain du chemin de halage
s’élèvent les herbes hautes
et la carcasse des…”

DISSONANCES #37 | IMPUR
Cairn
“« Il n’y a qu’un seul chemin… Du vallon, la route bifurque, celle qui vient de… c’est par là qu’il est arrivé. » Il est arrivé de son pas égal, habitué aux pierres à la montagne aux caprices du terrain aux accidents et il a vu la fille, de dos les bras menus croisés sur la poitrine et sa longue, unique tresse pendue dans les fougères, immobile comme sur les routes de certains pays ces amas de cailloux qu’on appelle des cairns, elle a eu un frémissement d’animal traqué, sans bondir rien seulement la tête un quart de tour et ce regard qui transperce la bure, une respiration tout-à-coup silencieuse, lui la dépassant sans ralentir de son pas égal toujours, comme s’il n’avait croisé là qu’une souche perdue dans les feuilles basses.
« C’est le père qui l’a reçu, il l’a mis au travail, derrière la maison, dans la poussière de ce plateau crayeux où le vent… » Par la porte le jour déclinant sur les dalles sur la table, la table inamovible massive celle sur laquelle toute la maison a dû naître, on y voit encore dans le soleil couchant mais à peine et il est bien temps de souper, le moine penché lapant la soupe auréolée de lunes grisâtres glissant sur les blettes tièdes, lapant au rythme de son pas de marcheur, s’…”