DISSONANCES #24 LE MAL

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avril 2013 / 40 pages / 4 euros
mise en images : Charlotte MOLLET

ÉDITO : RACINE DU MAL

Pas dormi de la nuit : ma carie me taraude et j’ai envie de tuer. Je pousse la porte du dentiste. Sa secrétaire tente un « Vous avez rendez-vous ? » mais je la cloue du regard et, sentant le danger, elle m’indique l’entrée de la salle d’attente où je me mets à tourner comme un fauve enragé, grinçant des dents, à cran, jusqu’à ce qu’épuisé je m’affale dans un coin et saisisse au hasard dans le tas des revues étalées sur la table… DISSONANCES « LE MAL » où vingt auteurs en transe (parmi lesquels pas moi puisque le comité dont je fais pourtant partie a refusé mon texte et ça aussi fait mal même si moins que ma dent mais je me vengerai !) ont traité la souffrance qu’on inflige ou ressent avec leurs mots à eux qui sont nos maux à nous et c’est drôle ou atroce, poignant ou décalé, lyrique, cru, léger, mais quel que soit le genre c’est toujours pour de vrai comme le sont les visions de Charlotte Mollet, puis Albane Gellé chevauchant nos questions, Gabrielle Wittkop revenant nous hanter, et ces œuvres coup-de-coeur… Là le dentiste dit : « Elle est vraiment foutue : va falloir l’arracher. » Je souris : je suis prêt. Vous aussi ? Allons-y…

Jean-Marc FLAPP

DOSSIER « CRÉATION » : LE MAL 

Les AMANTS GLUANTS : Epectase 
“Seuls les fumeurs de crack savent me démolir amoureusement. Ma foi me pousse vers les parias, les fous à la violence démoniaque. J’y retourne sans arrêt, guidée par l’urgence à rejoindre la lumière. Le premier soir, j’étais venue apporter des couvertures dans un squat de…”

Stéphane BERNARD : Quelque chose de pourri
“ce nouveau mal, qu’il ait été ou non,
maintenant existe.
l’imaginer lui a donné…”

Gilles BERTIN : Zone centrale
“Ce bleu fascinait Pierre, au début. Le bleu Tcherenkov. Les mots lui manquaient alors pour en parler. Ma main est froide sur la commande du pont roulant. Il avance à une allure d’escargot, encore une quinzaine de mètres. Pierre est mort cette nuit. Ils ont emporté son…”
 
Marc BONETTO : Arrondir le silence
“Pour l’inconnue qui s’attarde
Je poserai sur le banc
Mon exemplaire des…”

Nicolas BRÛLEBOIS : Péché de chair
“Une fois notre désir assouvi, les masques tombent et le corps du délit se révèle sous un jour nouveau. Je découvre une petite femme rondelette qui, loin des idéalisations nocturnes, affiche un naturel décomplexé flirtant avec le prosaïsme. Lovée à mes côtés, elle joue les…”

Jean-Battiste COUTON : Le consentement
“Pour être conforme à la mode anglaise tu avais décidé de porter une jupe courte et un débardeur décolleté, ce n’était pas dans tes habitudes, mais tu voulais jouer le jeu, et ici, pensais-tu, c’était ainsi vêtu que l’on se rendait au pub. D’abord tu ne sus pas où aller, tu ne…”

Gilbert CRAM : Logique du mal
“Si l’on en croit les registres de la Société des Amis de l’Axiome du Choix (la SAAC pour les feignants), tenus à jour par le secrétaire ou par son faisant fonction (ce dernier était le plus souvent parfaitement illettré, heureusement), le mal s’introduisit sournoisement dans…”

Aliénor DEBROCQ : Blue Monday
“C’est à cause des néons. Ou bien est-ce l’odeur de soupe ? Elle n’en est pas très sûre. Il lui est difficile de supporter cela physiquement. Difficile d’être présente chaque jour. De faire comme si tout allait bien. Tout ne va pas bien. Elle aimerait en être capable. Elle aimerait…”

Guillaume DECOURT : Récolte
“Tout bien considéré
Je suis en état de siège
Vous m’avez…”

Christophe ESNAULT : Planches ultimes
“Proie des déclinaisons vitriolées / Déroule la langue à l’aide d’un ouvre-boîte à sardines / Les murs lépreux s’élèvent plus vite que les coulemelles grises / Un analphabète avec toute sa temporalité panoptique et la douce musique métallique / Soixante millions d’esclaves…”

Tristan FELIX : Le furet (ou comment saigner la tendresse)
“Sous la cloche des Halles, basse panse en plein cœur de Paris, le laboratoire souterrain de la déviance est sous contrôle ; l’organisation idéale de toute la violence, fondée sur la frustration. Dans ce labyrinthe mortifère obstrué par les ganglions de la richesse impérative, il…”

Philippe JAFFEUX : Page O de la lettre B 
“.La soif expansive de              noie des octets limités sous un curseur abreuvé par l’échec d’un ordinateur vide / un saint moulu de fatigue sculpte son corps vert en redressant notre sable sur l’envers d’un contraste hérétique. / .Notre peau expédie la respiration d’une suite vers…”

Carl-Keven KORB : Plus tard tu brûleras
“La première chose que fit Basile Coglioni en arrivant à Bordemer fut de taper contre la première porte qu’il rencontra, bang, re-bang, et re-re-bang, encore et encore, jusqu’à ce qu’on ouvre, une toute menue femme qui d’une voix qui en avait vu d’autres mais pas des…”

Šebestian KRKOŠKA : Sous ma main protectrice 
“Regarder dans ses larmes et sourire. Se ruiner car la puissance ressentie sera sans égale à cette heure avancée. Revenir des ondes noires, des quatre dimensions des tambours de lessiveuses allant du vert métallique au violet, sans brillance ni joie. Se laisser aller à la dérive de…”

Nicolas LE GOLVAN : Primal
“Le roi des poules accueille Niat, le nouvel ambassadeur turc en transit jusqu’à destruction intégrale du F5, bâtiment F, escalier 2, le Clos ; un résumé d’évolution qui communique d’emblée au lancer de caillou. Peu de main d’œuvre aura suffit à faire acte de civilisation. Les vingt… “

Perrine LE QUERREC : La menace 
“Plusieurs fois par jour, le viol par ton cri, quand toutes les deux, tête à tête, les autres partis, les autres ailleurs, échappés, et toutes les deux, toi et moi, toi dresseuse, porte la culotte, bardée d’autorité, toi ta colère, tes cris, tes hurlements, ce cri que j’entends encore tout…”

Emma MOULIN-DESVERGNES : Leçons de ténèbres
“[ÉDUCATION] L’enfant est une dépendante affective SM en puissance. L’empêchement constant qui lui est fait de se laisser libre cours, d’expérimenter son autonomie que vient distraire la fonction permise – se taire, obéir, se faire toute petite – permet néanmoins…”

Dominique PASCAUD : Affection 
“Sans me retourner, je sais que c’est elle.
Sous son épiderme les glandes ont sécrété quelque chose de boisé, presque fleuri ; je lui en ai souvent parlé, cela la fait sourire. Alors, j’en profite. Je peux voir ses magnifiques…”

Aurore SOARES : Le collant
“N’aurait pas dû l’enfiler ; maintenant il frotte contre là où ça la démange. Etait pressée ce matin et l’a pris dans le tiroir le qui lui passait sous la main ; à cause de l’ampoule du placard qui n’éclairait pas, car avait oublié au supermarché d’en acheter une, hier ; se…”

Jacques TALOTTE : Steampunk song
“Ce monde creux, Jack, sonne comme un gong…
On jette la sciure sur les docks, on pousse les fruits pourris vers l’égout. Un gaz inconnu s’enflamme derrière le rideau damassé. Du divan, on guette l’engrenage des…”

PORTFOLIO : Charlotte MOLLET

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« Mon travail porte essentiellement sur le Corps. Je parle du corps anatomique en tant que masse, chair périssable, matière, mais aussi du corps spirituel en tant qu’énergie et essence. Cela donne ces représentations de corps malmenés, en fusion, tantôt sous… »

RUBRIQUES « CRITIQUE »

DISSECTION (21 questions à un(e) auteur(e) connu(e))  :
Albane GELLÉ
Écrivez-vous plutôt « pour » ou « contre », « dans » ou « hors », « malgré » ou « à propos de » ?
Dans une énergie de pour je crois. Mais qui peut contenir parfois du contre et du malgré. Quant à dedans/dehors, j’ai le sentiment d’être sur un fil tendu entre…”

DISJONCTION (4 regards croisés sur une oeuvre remarquable)  :
Sérénissime assassinat
 (Gabrielle WITTKOP)
“Est-ce le journal d’une déliquescence ou une comédie de marionnettes ? Des miniatures enchâssées ou des Tiepolo qui s’oxydent ? Sérénissime Assassinat nous introduit dans un topos : la Sérénissime recèle des masques, des intrigues, des poisons, du…”

DISSIDENCES (6 coups-de-cœur de lecture)  :
Sébastien AYRAULT : Loin du Monde – éd. Au Diable Vauvert, 2013
Albert CARACO : Post-Mortem – éd. L’Age d’Homme, 2012
Eric CHAUVIER : Somaland – éd. Allia, 2012
Jacques COLY : Voyageurs de l’absolu – éd. Les Deux-Siciles, 2011
Christian OSTER : En ville – éd. de L’Olivier, 2012
Serge PEY : Qàu – éd. Dernier Télégramme, 2009