MOULIN-DESVERGNES Emma (extraits)

DISSONANCES #26 | ANIMAL(S)
Lol’s cats

“On m’appelle Lol toute entière, Anima et Persona, la Psyché et le Corps qui la représente. Je me deux est le verbe manquant pour dire Je suis au plus près du vrai, au ras du vrai. Le rat du réel, parlons-en, qui grignote l’image. Pour lui faire la peau, j’ai engagé deux chats – Phantasmo et Amnesia – mais le rat est un animal obstiné.
Chaque après-midi, j’arpente La Ville comme un poisson son bocal. En Boucle, elle s’avère chaque fois nouvelle. Le Décor ne me renvoie rien qui puisse confirmer son Existence, aussi la ville m’apparaît-elle dans un présent perpétuellement renouvelé. Je cherche Là et Quand, l’espace-temps dans lequel je me suis Disparue.
A vos yeux, je m’Absente. Verbe et Adjectif à la fois. Je me deux, Moi et Celle qui n’est pas tout à fait moi que vous voyez. Adverbiale, un chat dans la gorge – ce chat laine-de-verre qui m’insonorise. Inexistant le chat du dessous. Réduit à sa seule nécessité, laisser-pisser, automate. A vos yeux, j’entre-suis.
Ravisseuse est l’image de cette figure de blessée que je vous impose, exilée des choses, qu’on n’ose pas toucher, mais qui vous fait sa…”

DISSONANCES #24 | LE MAL
Leçon de ténèbres

“[ÉDUCATION] L’enfant est une dépendante affective SM en puissance. L’empêchement constant qui lui est fait de se laisser libre cours, d’expérimenter son autonomie que vient distraire la fonction permise – se taire, obéir, se faire toute petite – permet néanmoins, quand la vigilance a l’œil ailleurs, des instants de liberté totale dont bientôt elle ne sait plus que faire, que très vite elle ne sait plus accueillir autrement qu’une sentence d’abandon. Tu vois tu es nulle, associable, tu ne sais pas jouer avec les autres. Tu ne sais rien faire de tes dix doigts prends un marteau et tape toi dessus. Cette enfant-là fut éduquée à la mort. Sage et bien tranquille.
L’éducation – une brisure – ne dessine pourtant pas une cicatrice transversale. Elle ouvre le creux en forme de trou noir qui ira s’agrandissant aspirant jusqu’à la goutte ultime d’amour propre, la part naturellement aimante que l’on a pour soi-même et qui permet d’asseoir notre volonté sur nos genoux au lieu de cette volition malléable à souhait qui finit par s’ériger en constante supplique d’absolution, le cœur mis à sac, sec, mais les reins avides.
Reins brisés bientôt elle marche comme un quadrupède, la croupe offerte à…”