DISSONANCES #26 ANIMAL(S)

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avril 2014 / 48 pages / 5 euros
mise en images : 
Elena VIEILLARD

ÉDITO : PARADOXE ANIMAL

On les aime, on les mange, ils nous fascinent, nous effraient, et à mesure que s’accroit la distance entre notre univers bétonné et leur milieu naturel, nous les découvrons toujours plus proches de nous. Quoi de plus paradoxal que notre rapport à l’animal ? La frontière qui nous en sépare semble si ténue qu’on se demande si elle subsiste vraiment. Cette frontière pourtant existe, la parole l’érige et la transgresse dans un même mouvement, exprime notre empathie pour la créature blessée, fait surgir la bête humaine que nous portons tous mais signale, par là-même, une différence indépassable. On aura beau faire, le regard porté sur l’animal sera toujours un regard humain. Alors, à quoi ressemble-t-il cet humanimal que le langage exile de son royaume ? Vingt-et-un auteurs, toutes espèces confondues, cherchent à le débusquer pour surprendre sa douce férocité, sa familière étrangeté, son incompréhensible évidence. Drôle d’oiseau, donc, que ce 26ème numéro de DISSONANCES qui, pour sa parade printanière, s’offre une nouvelle maquette, s’enrichit de 8 pages et de deux rubriques. Puisse le lecteur trouver son chemin, et son bonheur, dans cette jungle d’images et de mots.

Côme FREDAIGUE

DOSSIER « CRÉATION » : ANIMAL(S)

Stéphane BERNARD : La préparation du fugu
“une sorte de chirurgie pour poisson dans une recette japonaise / a décidé pour moi le modus operandi. / j’écorne donc cette page sur le fugu d’une main qui s’apprête. / personne dans mes plis ne m’a goûté…”

Françoise BIGER : Coq à l’âne pur porc
“Maintenant, il faudrait vraiment un SANGLIER ! Il faudrait comme une hallucination qu’un SANGLIER ! Impromptu, monstrueux, menaçant, sauvage, qu’un SANGLIER ! Surgisse, dévoile soudainement..”

Yve BRESSANDE : L’Alchimère
“/ je souffle je souffre je je je qui est un deux trois je m’en va au bois petit bois derrière chez qui qui lui baisse ta culotte et baise-moi je m’essouffle la bête est là qui a peur du grand méchant loup pas moi pas moi pas…”

Jean-Philippe CAZIER : L’Animal
“une ombre, l’animal meurt, innombrable, et meurt, sans territoire dans le monde, les plantes, les animaux, regardent le monde, les yeux des vallées, des flammes, la cendre et la mer regardent le monde doué de…”

Aliénor DEBROCQ : La grande profondeur
“Un singe ou un ours ? Elle le regarde depuis un moment et elle se demande : un singe ou un ours ? Ou bien peut-être un gros chien, tout simplement ? Un gros chien sans queue ? Où est ta queue, gros chien ? Où…”

Guillaume DECOURT : Le bestiaire
“Tu seras ma guenon ma femme primitive
Et tu m’initieras aux rites des gibbons
Agitant sous mon nez ton cul rose bonbon…”

Samuel DUDOUIT : Une petite messe de vide
“Sur le mur qui s’effrite, des petits chevaux couleur rouille s’enfuient dans la mousse. Nos forces à nous s’essoufflent un peu. Mourir debout, disait la lettre, mais c’était avant l’averse. Merci d’attendre en…”

Tristan FELIX : L’incision du mauvais jouir
“Baleineau d’un petit jour, largué de mère écrabouillée, par un très beau bateau broyeur. Tu laisses une mante écarlate dans l’eau, ton premier fichu de mort. Tu as quarante-huit heures pour t’en retourner aux…”

Michaël GLÜCK : Mouches
“A bien fallu que la mouche précédât, et de beaucoup, l’apparition du bipède humain ; a bien fallu qu’elle vînt taquiner mers, rivières, étangs, lacs et ruisseaux pour que, (via oui, mais non, via, saleté de mouche en…”

Philippe JAFFEUX : Courants animaux 
“Une inversion alimenta son intelligence lorsqu’il mangea un animal au lieu d’une bête. / Il prit le nom d’un chien oublié pour se souvenir qu’il était aussi un animal domestiqué. / Il vivait seulement…”

Corinne LOVERA VITALI : De tout homme
“Au début de leur correspondance et pendant un certain temps Virginia qui s’appelait encore Stephens avant de nommer leur couple les Loups quand elle écrivait à Leonard orthographiait son nom en…”

Jean-Jacques MARIMBERT : Cigale
“Macadam en feu / ciel invisible gouffre / craquelé faïence / pâle de ses yeux / à l’ombre d’un pin / air par l’oubli dilaté / de l’eau clapote / à l’horizon déchirée / tendue vers l’ailleurs / qu’en ses élytres / invoque…”

Isabelle MARTIN  : Faux-filet 
“À droite, rien. À gauche, rien. Lui, seul. Son ventre n’aspire qu’un seul fumet et cette maison respire l’absence. Vite, il lui faut se hâter, se faufiler par la porte entrouverte et onduler en rasant les murs bleus lavande du…”

Emma MOULIN-DESVERGNES : Lol’s cats
“On m’appelle Lol toute entière, Anima et Persona, la Psyché et le Corps qui la représente. Je me deux est le verbe manquant pour dire Je suis au plus près du vrai, au ras du vrai. Le rat du réel, parlons-en, qui…”

Grégory NOIROT  : Manimal
“L’animalcule que voilà, comme un pan qui s’ouvre en toi, et tu tentes d’esquiver l’attaque. « Yse, Yse. » Tu t’enfonces dans ce fauteuil en skaï qui autrefois accueillait les sévices, et regroupes tes souvenirs. La…”

Alban ORSINI : Déclaration
“Il me dit être orthodontiste des âmes et précise : “Je remets les idées droites, plus alignées” puis il sourit : ses dents ne sont pas belles. Elles sont tachées et certaines se chevauchent. Nous mangeons des…”

Sophie SAULNIER : Cabinet de monstruosités lexicales
“Tu le sais, Soraya Suturlnier, le problème a toujours été le S. Le S du pluriel, exception ou pas exception et pourquoi on devrait le mettre et pourquoi on ne devrait pas le mettre. Le problème c’est le pluriel et…”

Guillaume SIAUDEAU  : Comme des chiens
“Nous sommes les cabots du monde, l’éternité nous tient en laisse. Chaque jour apporte sa ration de roustes et de croquettes. Une nuit sur deux nous brosse dans le sens du poil. Nous sommes pleins de…”

Jacques SICARD : Le loup
“Missouri, sud-ouest, plateau de l’Ozark. Un bois – plutôt, un ossuaire de chênes et de noyers – hauts épouvantails de calcaire ligneux et tendre que le vent glacial balance au-dessus de l’écureuil – confondu avec…”

Laura VAZQUEZ : La plus belle chose au monde
“La plus belle des choses qui soit du monde et de moi-même, la plus belle des choses qui soit, je peux dire que c’est l’animal, l’animal est la plus belle des choses qui soit du monde et de moi-même, il est la…”

Henrik YOUTH : La Ferme des Animal(s)
“On parlait pour 2012 de Fin du Monde, et plus raisonnablement de Changement d’Ère. La précédente aura vu l’avènement de l’Enfant Jésus, et avec lui la dernière des Sectes du Soleil devenue…”

PORTFOLIO : Elena VIEILLARD

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“Les dessins présentés ici sont très souvent réalisés d’après des croquis issus d’observations. […] Animal(s) a été pour moi l’occasion d’approfondir ces études et de leur donner un nouveau souffle, une nouvelle lecture. Dès que l’on sort de l’anthropomorphisme et des…”

RUBRIQUES « CRITIQUE »

DISSECTION (21 questions à un(e) auteur(e) connu(e))  :
Édith AZAM

Que faites-vous quand vous n’écrivez pas ?  Lorsque je n’écris, je poubelle mes brouillons, ou dessine dessus, pars promener dans les bois, lis, cuisine, écris des mots de droite à gauche, rêve de partir loin, bien…”

DISJONCTION (4 regards croisés sur une oeuvre remarquable)  :
Suicide (Édouard LEVÉ)
“Tu as écrit Suicide et puis tu t’es pendu : comment le lire, ce livre, sans y chercher des clés ? En te donnant la mort, tu en as fait autre chose que de la littérature : ton écriture sèche, sans affect, émaciée (« Tu avais...”

DISSIDENCES (8 coups-de-cœur de lecture)  :
Laurent ALBARRACIN : De l’image – éd. de l’Attente, 2007
Joseph BRODSKY : Vingt sonnets à Marie Stuart – éd. Les Doigts dans la prose, 2013
Alain BRON : Vingt-sixième étage – éd. In Octavo, 2013
Renaud BUREL : Château-Rouge Hôtel – éd. Allia, 2013
Paul DALMAS-ALFONSI : Le voyage d’Orsantone – éd. Elytis, 2013
Moncef GHACHEM : Mugelières – éd. Apogée, 2013
Geoffrey LACHASSAGNE : Et je me suis caché – éd. Aux Forges de Vulcain, 2012
Philippe MALONE : Krach – éd. Quartett, 2013

DISGRESSION (carte blanche sur un domaine autre que la littérature)
Jacques SICARD : Chroniques cinéma
“Après A serious man, les frères Coen reprennent à nouveaux frais l’expérience de pensée connue sous le nom de “Chat de Schrödinger” et que le physicien autrichien avait non sans ironie présentée ainsi : “Dans…”