ORSINI Alban (extraits)

DISSONANCES #26 | ANIMAL(S)
Déclaration

“Il me dit être orthodontiste des âmes et précise : “Je remets les idées droites, plus alignées” puis il sourit : ses dents ne sont pas belles. Elles sont tachées et certaines se chevauchent.

Nous mangeons des homards dans un petit restaurant du Quartier Latin : dans un aquarium très grand se traînent lamentablement les crustacés que nous ne mangeons pas. Les vitres sont très sales. Les animaux peinent à avoir l’air intelligent mais je sais qu’ils cachent leur jeu. Il y a des algues aussi. On ne peut faire confiance à personne.

Puis il ajoute, en changeant de sujet : “Tu vois, c’est assez simple : pour faire une bonne sauce, tu prends des coques ou des amandes. De n’importe où, le plus important c’est qu’elles soient bien fraîches. De l’autre côté, tu fais revenir au beurre la moitié d’un oignon émincé ainsi qu’un bouquet garni. Une fois que le tout brunit, tu ajoutes les coquillages avec un peu de vin blanc et tu fais chauffer à couvert. Quand tous tes fruits de mer sont ouverts, tu les égouttes et c’est le jus que surtout, tu récupères. Tu le fais réduire et tu ajoutes de la crème et du beurre. Beaucoup de crème, il ne faut pas hésiter. Du bouillon de poisson si tu le souhaites. Tu émulsionnes, et tu…”

DISSONANCES #18 | ENTRAILLES
Mula

“La Tour Eiffel. Le Trocadéro. Les Champs Élysées. Le Sacré Cœur au loin. Les Invalides jusqu’à la Pyramide du Louvre et le Palais Royal. Un bout de la place Vendôme aperçu, entre un coin et un autre. Le sommet de la Tour Montparnasse comme le haut d’un cierge qu’on aurait écrasé consciencieusement entre des paumes de mains rendues bien chaudes par la manipulation des galettes de maïs. Oh Maman, ça si, je les ai vus. Je peux dire : « Ça si, je les ai vus » mais je pourrai pas les donner. Je leur dirai : « Je peux pas vous les donner » ou : « J’ai pas pu les leur donner » si on en vient à me questionner. C’est parce que, si tu comprenais, je me noie ou plutôt que je me suis noyé ou plutôt que je vais me noyer ou bien je ne sais pas trop ce qui va se passer même si j’ai une idée plus que précise sur ce qui se prépare là (je touche mon ventre) et ce qui a dû céder durant le vol au dessus de l’océan (je touche mon ventre) et l’étrange impression que j’ai depuis (je touche mon ventre). Mon corps, et bien Oh Maman, il n’en peux plus et il fait de l’eau : c’est un phénomène oh ça si c’est un risque, infime, on m’avait prévenu, Clímaco m’avait mis en garde contre les ruptures. C’est comme si maintenant on m’écrasait la tête dans un étau semblant de chair parce que je suis une éponge depuis Bogotá et que je suis à moitié. À peine descendu, je…”