LOVERA VITALI Corinne (extraits)

DISSONANCES #26 | ANIMAL(S)
De tout homme

“Au début de leur correspondance et pendant un certain temps Virginia qui s’appelait encore Stephens avant de nommer leur couple les Loups quand elle écrivait à Leonard orthographiait son nom en Wolf.
J’ai recommencé à lire Virginia hier soir juste après avoir décidé que j’allais adopter un chat. Elle est encore très jeune elle écrit qu’elle a cessé de croire au couple, puis que non finalement, elle veut être enfiévrée ou rien. Elle termine aussi une de ses lettres depuis la vilaine maison de repos où elle est immobilisée pour une de ses premières crises en demandant à Violet de venir la kidnapper, en échange de quoi elle lui enverra une vieille bouilloire ou un morceau de carrelage, je ne sais plus. Hier soir cet humour dont on dit qu’il décape, et oui il décape et ma torpeur et mon chagrin et mon simple engourdissement ont été proprement dissous dans l’humour de Virginia, puis aujourd’hui sur le chemin je cherche, je cherche et je ne trouve pas mieux pour mon décapage permanent que de lire et relire et cesser enfin de ne plus lire, cesser enfin de me priver d’eux et d’elles, puis de moi.
Je suis sur le chemin de nouveau, j’ai dans mon sac un livre de Eudora Welty, du thé glacé un vieux cahier des cigarettes et mes trois paires de lunettes. Je fais à peine cinquante mètres et…”