BERNARD Stéphane (extraits)

DISSONANCES #26 | ANIMAL(S)
La préparation du fugu

“une sorte de chirurgie pour poisson dans une recette japonaise
a décidé pour moi le modus operandi.
j’écorne donc cette page sur le fugu d’une main qui s’apprête.

personne dans mes plis ne m’a goûté,
que moi, car j’y prends garde.
c’est pourquoi je m’attèle à la tâche d’une langue,

pour vous,

à l’apprentissage d’un art de me bonifier
par la séparation, dans le viscère,
du poison de la nacre des chairs,

à tenter l’ablation de ce quoi
qui infecterait quoi que ce soit qu’il toucherait.

et qui pourtant intouché je…”

DISSONANCES #25 | LA PEAU
Dans le bain
“le renoncement à l’hygiène est un des symptômes.
la crasse isole, met une distance de plus entre soi
et le reste du monde.
les mues s’agrègent, le futur pourrit sur pied.
c’est à ça que je pense, ici, dans mon bain.
l’eau ondule à peine déplacée
par la respiration légère d’un corps à la nervosité vaincue, presque cuit.
le hochement paresseux de mon sexe sous l’eau.
des nappes de peaux mortes à la surface, de poils
et de savon, vivante dentelle opaque,
font disparaître mes jambes par endroits.
frotter. frotter cette peau, la bouillie, la rose.
quitter l’obsolète pénultième peau.
gratter, réduire l’étui qui…”

DISSONANCES #24 | LE MAL
Quelque chose de pourri

“ce nouveau mal, qu’il ait été ou non,
maintenant existe.

l’imaginer lui a donné chair.

pourtant son hypothétique existence
ne fait se former aucune cible, aucun ring.

un combat à vide. ce trou dans les cœurs.

alors, que la mémoire, même atroce, revienne.

qu’elle détruise l’…”