BRULEBOIS Nicolas (extraits)

DISSONANCES #24 | LE MAL
Péché de chair

“Une fois notre désir assouvi, les masques tombent et le corps du délit se révèle sous un jour nouveau. Je découvre une petite femme rondelette qui, loin des idéalisations nocturnes, affiche un naturel décomplexé flirtant avec le prosaïsme. Lovée à mes côtés, elle joue les odalisques à ses risques et périls, exhibe certaines avanies qu’il aurait peut-être mieux valu laisser dans l’ombre. Je reviens sur le lieu du crime autopsier ces plis moites où j’ai vu mourir une part de moi-même. L’étalage de chair ruine l’image pieuse que je m’en faisais, oblige à repeindre le « paradis perdu » d’une couleur plus naturaliste. Ses seins ne sont que l’ombre de ceux qu’ils étaient sous mes caresses… mais ils s’affaissent avec une grâce toute personnelle – morphologie en poire tordant le cou à l’antique « fruit défendu ». Etalée dans les grandes largeurs, sa toison géométrise bien au-delà du triangle réglementaire… jusqu’entre les fesses, pour parler crûment, où elle ramifie en duvet blond clairsemé, loin de la noirceur tranchante d’une authentique femme fatale. J’y aventure un doigt pour démêler le vrai du faux, confronter ce postiche au buisson ardent qui m’inspirait un respect presque dévot, la nuit dernière. A mesure que l’…”

DISSONANCES #21 | LE VIDE
Vidé
“Après un dernier cri, je me suis affalé sur elle, à bout de forces. Ouvrant les bras, elle m’a reçu avec sa générosité coutumière, rompue à ces émois spectaculaires qui me laissent exsangue une fois l’orage passé. Sa chair replète a amorti la chute, supportant le plus tendrement possible mon corps devenu lourd, en attendant qu’il reprenne vie.

Je suis resté un long moment vautré en travers du lit, anéanti. Tout mon être, tendu comme un arc auparavant, venait de rompre : la raideur, devenue vaine, s’annihilait dans les rondeurs alentours, phagocytée par les plis du refuge où j’espérais disparaître. Malgré la violence de l’effondrement, je n’avais pas tout à fait perdu conscience : dans cet entre-deux où l’on discerne les choses sans parvenir à les identifier, je sentais autour de moi un souffle calme, contrastant avec le rythme effréné qui avait secoué mes flancs, battu mes tempes, et dont l’écho commençait juste à s’atténuer.

Je me trouvais, pour quelques minutes que j’aurais voulu prolonger des heures, dans ce...”