LE QUERREC Perrine (extraits)

DISSONANCES #35 | LA HONTE
Vauban
“Le regard sur moi il voudrait il ne voudrait pas le regard s’appuyer à peine se poser mais m’appuie quand même quand il me frôle
de sa présence
s’appuie m’appuie
sur la nuque mes mots surtout mes mots
Le regard auprès de moi sa place prend de la place que je prenais entière j’y installais ma solitude Reine du milieu de mon ventre au bord précipice de ma langue littérature répandant dans ma tête un étonnement sans parole
Sans prévenir quand ma réalité de pain transformée en réalité du pronom, mon visage un autre jusqu’alors caché seul au monde ce visage des mois à se creuser se heurter aux jours sans pain jours des pronoms de la ponctuation les jours crus de vérité, je cherche de plus en plus l’autre visage sa réalité irregardable inavouée
Les jours d’abattoirs suspendue à l’esse je saigne m’égoutte la…”

DISSONANCES #24 | LE MAL
La menace
“Plusieurs fois par jour, le viol par ton cri, quand toutes les deux, tête à tête, les autres partis, les autres ailleurs, échappés, et toutes les deux, toi et moi, toi dresseuse, porte la culotte, bardée
d’autorité, toi ta colère, tes cris, tes hurlements, ce cri que j’entends encore tout au fond, cette terreur, plusieurs fois par jour, le viol par ton cri, quand tu pénètres mon corps d’enfant, violente ma chair, m’ouvre en deux, me fend, c’est si mal, ça fait si mal, j’ai peur, j’ai peur je veux être la peur, juste peur juste mal pendant que tu me violes, plusieurs fois par jour, avec ton gros cri, ton grand cri violacé, qui m’écartèle, je te prends en plein dedans, mon cœur remonte dans ma gorge, ton gros cri en moi, planté, enfoncé, je peur, je immobile, je plus bouger, plus respirer plus exister plus là, quand le cri se retire et me laisse déchirée, le cri s’éloigne mais je sais, je sais il va revenir.
Alors vite.
Entre deux cris,
construire les…”