DISSONANCES #23 SUPERSTAR

octobre 2012 / 40 pages / 4 euros
mise en images : Devis GREBU

ÉDITO : KARMA-COLA

Au commencement était la visibilité. Une vingtaine d’auteurs ont survécu aux balles tirées dans la nuque par ce tueur en série qu’est notre comité de lecture. Textes à dispositif, visuels, nouvelles, poésie… Registre sensible, expérimental, humoristique ou trash… Styles et formes se partagent un espace où œuvre aussi Devis Grebu, l’illustrateur de ce numéro. Nos auteurs ne sont pas (encore) des superstars, mais leur quart d’heure warholien est inévitable. Au vingt-et-unième siècle, tu balances sur You Tube une vidéo filmée sur ton portable et tu es une star. Tu ne peux pas faire cent mètres sans qu’un journaliste souhaite réaliser ton portrait dans une émission grande écoute. Tu lâches un pet sonore sur Facebook et dans les dix minutes qui suivent tu ramasses 300 like (et autant de commentaires). Il va être super difficile de passer inaperçu et celui qui traversera son existence sans sa dose de célébrité sera un véritable et authentique héros du quotidien, une superstar en somme… Vous allez rencontrer dans ces pages Johnny, Bob Dylan, ou la fellatrice sans frontière du Président de la République… Ces influences astrales sur votre karma vous seront bénéfiques.

Christophe ESNAULT

DOSSIER « CRÉATION » : LE MAL 

Les AMANTS GLUANTS : Moi président de la république
« Moi président de la république, je préfère me faire sucer au bord de l’eau
Moi première dame des punks à chiens, je gravis ton pylône pour électriser le peuple
Moi président de la république, je m’affirme en slip et en… »

Gilles BERTIN : Cher Johnny
« T’es mort alors je peux t’écrire, tu liras jamais cette lettre et donc elle t’embêtera pas parce que t’étais comme moi, un grand pudique. Je t’ai aimé en secret, à distance, j’ai jamais cherché à te le faire savoir. Tu m’as rien dédicacé, j’ai pas voté pour toi à la télé, j’ai pas fait… »

Arnaud BOURVEN : Ce qu’elle dit d’Elvis
« Bande n°1 / Toujours elle. La non-nommée. Déroule le fil : « Dans mon souvenir… personne… ne se disloque… Personne n’aborde cette ville… qu’en rampant… C’est sûr… » / Approchent pourtant des gens qui n’ont pas fléchi. Mais rien à idolâtrer sous l’arche des pluies… / Elle… »

Matthieu CONZALES : La mort comme imprésario
« 20 Août 1885. Dorpat. Estonie. Le regard d’Ernst Hartwig se métamorphose soudainement. Ses pupilles se rétractent et son visage prend un air très sérieux. Son pouce et son index droits, qui depuis quelques minutes se baladaient frénétiquement dans les replis de sa… »

Manuel DAULL : 23 n’est pas seulement le n° fétiche de Michael Jordan
« En 2006, alors que POL sortait un catalogue sous intitulé 23 ans de littérature et que j’allais avoir 40 ans le 23 mai, j’ai eu envie, comme un exercice d’admiration, une performance, de réécrire ce catalogue en 23 jours, en me donnant comme contrainte d’en reprendre chaque… »

Jean-Marc FLAPP : Crépuscule d’un dieu
« ton jet perso se pose et glisse en bout de piste tu finis ton whisky avales les glaçons te tournes vers le monde toujours aussi lointain contemples le tarmac aveuglant au couchant à travers le hublot et les verres violets des lunettes de soleil que tu ne quittes jamais si… »

Lionel FONDEVILLE : Superstore
« Superstore, leader mondial du store / Je m’appelle Jean-Claude Thuret. J’ai créé mon entreprise dans un garage en 1974, et voilà. Trente-huit ans plus tard, 80 % des stores vendus en Europe, et 60 % aux États-Unis sont des stores Superstore. Depuis deux ans, on attaque l’… »

Nicolas Albert G. : Growing up in public
« Il n’aime pas l’idée de la foule qui lance des coussins. Sur les coussins il y a écrit Conseil Régional de Rhône-Alpes. Il n’avait pas envisagé tant de tee-shirts, de vestes et de pantalons sur scène. Au milieu des coussins, c’est pathétique. Et Aaron qui attrape une sorte de… »

Patrice MALTAVERNE : Décalcomanie
« Seule / avec toi / Double de / ma joie / Je me suspends à tes / lèvres / Je fais semblant de te / faire l’amour / En dansant pour toi / L’invisible / Et / si ta / musique / et si ta voix / Sont des / fusées qui / traversent le mur / De l’autre côté / Ils n’entendront / rien / Te voilà en / train de… »

Anne MONTEIL-BAUER : Le redoublement de la 19ème
« Elle avance dans la fange, sur un chemin étroit. Elle a lâché la dernière main qu’elle tenait encore. Elle sait que ce morceau de chemin, elle doit le faire, seule. Le sol s’envase, et le sentier est de plus en plus raide, de plus en plus étranglé. En face, d’elle, une bouche, l’entrée d’… »

Agnès NAGEOTTE : Hyper sourire tout le temps
« Ta cravate te serre le cou et te le serrera trente-cinq minutes encore. Tu ne l’as pas nouée toi-même, ta maquilleuse s’en est chargée. C’était une autre fille la semaine dernière, on te les change sans arrêt. Le cadre est parfait. Tu es parfait. Rien ne manque. Rien ne… »

Romain PONÇOT : Bob Dylan vs Paul Emploi
« « Je pourrais avoir un autographe ? » Je me retourne. Un jeune homme d’une vingtaine d’années s’agite devant moi. J’écris sur le carnet qu’il me tend : si je n’étais pas Paul Emploi, moi aussi je penserais que Paul Emploi a beaucoup de réponses. Je m’aperçois que… »

Tiphaine RAULT : Les tristes tropiques (variations autour de Rose Hobart)
« Remarquable par sa beauté, sa forme et son parfum, la rose est une fleur symbolique qui désigne l’amour, une perfection achevée et un accomplissement sans défaut. Fleur du rosier, de la famille des Rosacées, rose-mousse ou rose-thé, généralement odoriférante, dont… »

Tangi THIERRY : Manque de précision
« Un facteur prend une forte dose de barbituriques
et meurt
Il laisse ces… « 

Elodie VALETTE : I Can’t Get No
« Il est tard ils t’attendent ils sont bien plus nombreux que prévu tu as oublié quelle heure il est tu sais très bien quel jour on est tu es sur scène tu es tout près tu t’approches tu es debout les bras levés tu t’approches tu sais que rien ne sera jamais comme avant tu… »

Marie VAN MOERE : Supasta : monologue pour fin de règne
« Préambule : Ce qui suit se déroule sur une scène de théâtre. A l’ouverture du rideau, Queenie est assise face au public, en milieu de scène, à sa gauche un escalier d’une douzaine de marches mène à un palier en hauteur où se tient de profil une fille squelettique. C’est… »

Nicolas VARGAS C. : Ma piste aux étoiles
« Sans être juif ou champion mon grand-père trouvait sa cabane les yeux fermés, son fils ce héros a abattu de sang-froid et pour son bien un faon orphelin, sa femme détroussait les lapins comme des chaussettes, Corrine faisait la moule mieux qu’au resto pendant qu’… »

Laura VAZQUEZ : Déjà
« Éveillé déjà près de toi                  déjà. Une lumière, lorsque par la fenêtre                quelque chose se montre et n’atteint pas. Quelque chose au fond, de ce sommeil             gris ou           au fond encore dans une chambre               deux ici                bouches scellées par… »

Dimitri WILEN : Usine
« Elle ne trouve pas Andy très beau. Mais elle accepte son invitation, car il insiste. Se croire génial, maître du monde, et mourir de maladie banale. Les préliminaires sont bâclés. Impatient, il a tout d’un enfant massacreur de papier-cadeau. Ça n’est pas méchant, mais ça… »

PORTFOLIO : Devis GREBU

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« Dans tout ce qu’il entreprend, Devis GREBU recherche passionnément du sens. Son tracé est fébrile car son intelligence est à la fois ardente et méticuleuse, car tous ses dessins représentent une décomposition du monde en ses signes les plus infimes et jusque là inaperçus… Dans les dessins de GREBU, le trait fusionne avec… »

RUBRIQUES « CRITIQUE »

DISSECTION (21 questions à un(e) auteur(e) connu(e))  :
Jude STEFAN
« Écrivez-vous plutôt « pour » ou « contre », « dans » ou « hors », « malgré » ou « à propos de » ?
Hors. »

DISJONCTION (4 regards croisés sur une oeuvre remarquable)  :
Claustria 
(Régis JAUFFRET)
« Relire le mythe de la caverne en s’inspirant d’un fait divers atroce – l’affaire Fritzl : il y avait de quoi prétendre au chef d’œuvre. Comment ne pas vouloir applaudir à ce projet brillantissime : une relecture platonicienne de la vie de ce petit peuple de la cave, qui… »

DISSIDENCES (6 coups-de-cœur de lecture)  :
Tristan FELIX : Journal d’Ovaine – éd. Atelier de l’Agneau, 2011
Didier JOURDREN : Cette porte qui bat – éd. La Part commune, 2012
Jean MINIAC  : Le Jour – éd. Bleu d’Encre, 2012
Derek MUNN : Mon cri de Tarzan – éd. Léo Scheer, 2012
Onuma NEMON : Pr’Ose – éd. Urdla, 2012
Lambert SCHLECHTER : La trame des jours – éd. des Vanneaux, 2010