DISSONANCES #21 LE VIDE

couv 21

octobre 2011 / 32 pages / 3 euros
mise en images : Pauline DUNAND

ÉDITO : PARÉS À PLONGER ?

Funambules, nous sommes : posés à la naissance sur le fil de nos vies, yeux bandés (heureusement) hilares ou tremblants nous poussons nos carcasses au-dessus du néant. Ce vide inévitable grand ouvert sous nos pieds et au-dessus duquel nous chantons et dansons, nous consacrons nos vies à tenter d’oublier qu’il est là et attend – tant sont déjà tombés tombent et tomberont et nous sommes ainsi faits que même les plus sages ne sont pas trop pressés. Il est partout pourtant, ce vide lancinant qui se rappelle sans cesse, sous mille formes cocasses, tragiques, quotidiennes, à nos esprits inquiets. Alors sans cesse on comble pour ne pas trop penser : on s’active, on s’enivre, on prie, on fait du bruit… par exemple on écrit comme les dix-neuf auteurs qui se penchent ici sur les vides de nos vies, y plongeant crânement – légèrement, gravement – leurs plumes comme on dit… des plumes, c’est cela, et déployer ses ailes, s’élancer, s’envoler : le dominer, ce vide, un peu y échapper car c’est le conjurer que faire face et y aller. L’élastique à la patte – sensations assurées – respirer et sauter : et si vous vous lanciez ?

Jean-Marc FLAPP

DOSSIER « CRÉATION » : LE VIDE 

Françoise BIGER : Mes chers concitoyens
« dans le cadre d’un développement pérenne les enjeux sont considérables et c’est en œuvrant dans une démarche partenariale à dimension intercommunale que des projets ambitieux mais raisonnés verront le jour dans le respect des valeurs qui sont les… »

Nicolas BRULEBOIS : Vidé
« Après un dernier cri, je me suis affalé sur elle, à bout de forces. Ouvrant les bras, elle m’a reçu avec sa générosité coutumière, rompue à ces émois spectaculaires qui me laissent exsangue une fois l’orage passé. Sa chair replète a amorti la chute, supportant le… »

Catherine CHANTILLY : La vida l’ennui 
« Il adore écouter la musique. Surtout sur l’ordinateur. Il y a des images. Ça combine. Il me fait découvrir. Je regarde. J’écoute. En même temps je fais la cuisine. Souvent des crêpes. Ça me rappelle des souvenirs. Il aime bien. Avec du fromage des… »

Alain CONDRIEUX : Une année ici
« Comme une carte géographique : on ne peut vraiment s’en servir que si l’on sait déjà où l’on se trouve. / En cette chambre, par exemple, où je réside provisoirement, rideaux violets, dessus-de-lit violet (violet sombre) : c’est un peu rouge sombre ou… »
 
Véronique DECAIX : Semper eadem
« Et je me plais à imaginer ce que ce sera après et ce qu’on pourra devenir quand tu auras fini d’attendre et que j’aurais fini d’espérer. Quand je serai enfin tienne et que je pourrai t’aimer en toute liberté. Et on pourra se le dire. Et on sera bien. Et ça… »

Jean-Marc FLAPP : Saut de l’ange
« puisqu’il n’y a plus rien étendu sur le dos et les yeux au plafond tu t’écoutes respirer tu sais que tu as ta dose mais marre absolument de tous ces os qui craquent tu presses le bouton et la morphine court qui s’engouffre et t’inonde un éblouissement tout le… »
 
Pascal GIBOURG : L’inépuisable vide d’Antonin Artaud
« Dans une formule que l’on pourrait trouver banale, Antonin Artaud parle d’un vide intérieur, interne même, qu’il qualifie d’inépuisable. Le sentiment d’un vide inépuisable en moi est l’expression qu’il utilise dans Histoire vécue d’Artaud-Mômo, le… »

Isabelle GROSSE : …   
« rien zéro
queue dalle
nada de… »

Isabelle GUILLOTEAU : Diversion carcérale
« Tu as couru essoufflée tes talons écorchés par les pierres pourtant personne ne te suit mais la vie à tes trousses sait-on jamais une bonne raison qui te rattraperait un sauf-conduit pour l’errance une injonction pressante à garder les pieds sur la terre hostile… »

Philippe JAFFEUX : V 
« rnement d’un enVol Vers la périphé rie d’une ligne pistée ! une épître ragaillardie se glisse sous un hasart inquiet pour englober la forme d’un sens dans une page destructible ! un abécédaire immémorial conditionne la modernité d’une lettre improVisée en… »

Marina LOUVETTE : Noli me tangere
« Nous sommes une fille sublime. Nous sommes imparfaitement belle, nous sommes fière de notre beauté imparfaite. Nous sommes une fille sublime. Nous sommes une fille multiple. Nous sommes forte, nous feignons d’ignorer le malaise de notre temps avec une… »

Thibault MARTHOURET : Inspiration
« Sous la lave de l’instant,
la lymphe brute de la perte.
Révolution des…  »

Isabelle MAYAULT : Soleil balsamique
« Un rat survit après avoir laissé son sang sur le sol d’une cuisine. Derrière une rangée de pivoines jaunes et oranges, des gens en costume parlent portugais. Fleurs et costumes égayent un balcon étroit avec vue sur un ciel figé. Les ouvriers sur le toit voisin… »

Derek MUNN : Carnet des antijours
« Leudi. Quand j’ai quitté l’hôpital le soleil a obliqué, le monde m’a tourné le dos. Autour du parking plein de voitures vides, on coupait l’herbe. L’appartement ne m’attendait pas, surtout le salon. Ses couleurs ont vieilli, la moquette a poussé. Je ne trouve pas ma… »

Charles SINGHER : Les poches pleines 
« L’après-midi toléré / avec la patience de la lumière qui penche / L’après-midi pour le corps / l’enivrement de Vodka de balcon / des lueurs de cigarettes / S’élever porte-parole de sa langueur de canicule / de brûlure de gorge sur brûlure de peau / de la… »

Kaliane UNG : Alexie
« ce n’est pas une histoire / d’amour / non / pas une histoire / peut-être / une naissance / qui commence / dans l’eau tiède / se termine / dans le sang / venir au monde / par une déchirure / banale malédiction / tristesse crépusculaire / parquée narration… »

Nicolas VARGAS C. : Anaéro’bic
« rienriendutoutnadawaloupaslapeinepaslapeinedallerplusloinvouspouvezsivousvoulezmaisverre
zbienyarienriendutoutduvideouplutôtdubazarpasdespacerienriendutoutpasdairpasdevidepasdes
pacecetespacequilfautpourrespirerallezvousenvousallezsuffoqu… »

Thomas VINAU : Le quart d’heure syndical 
« Les petits matins tièdes comme une agonie, à tourner la touillette dans la salle commune, à dessiner le huit horizontal de l’infiniment vide dans la mousse de son café, à faire bouillir la grenouille de ses rêves dans son box en formica, à s’appliquer dans… »
 
Rosa YEMEN : Une chronologie de 7 pensées altérées
« I. Tel 1 enfant mis sous tutelle l’idée de Cracher Ecumer Râler n’a plus de sens
.Réaction sous vide. Debout, plus proche de l’Actualité. Le vent s’est cimenté (- Rire au sujet pale) .Réaction sous… »

RUBRIQUES « CRITIQUE »

DISSECTION (21 questions à un(e) auteur(e) connu(e))  :
Abdel Hafed BENOTMAN
« Écrivez-vous plutôt pour ou contre, dans ou hors, malgré ou à propos de ?
Comme je n’ai pas d’imagination, je pense que j’écris pour me confronter AU et AVEC le réel, donc je crois écrire CONTRE. Mais contre quoi ? A force d’être entouré de cons, je me… »

DISJONCTION (4 regards croisés sur une oeuvre remarquable)  :
Le ParK 
(Bruce BÉGOUT)
« Nulle part où vivre. Ni dans l’armée des pulsions du ParK ni en dehors puisqu’il les contient toutes : odeurs d’urine, distributeurs d’espérance, capteurs à testostérone, jets de naïades rotatives, courses de bagnards, fanfares hormonales, lâchers de hyènes sous… »

DISSIDENCES (6 coups-de-cœur de lecture)  :
Jean-François BEAUCHEMIN : Le jour des corneilles – éd. Les Allusifs, 2004
Boubacar Boris DIOP : Murambi, le livre des ossements – éd. Zulma, 2011
Christophe FOURVEL : La dernière fois où j’ai eu un corps – éd. du Chemin de Fer, 2011
Guillaume LEBRUN : Quelque chose de l’ordre de l’espèce – éd. Joca Seria, 2011
Eric PESSAN : Moi, je suis quand même passé – éd. Cousu Main, 2010
Pascale PETIT : Sharawadji, manuel du jardinier platonique – éd. L’Inventaire, 2010