MAYAULT Isabelle (extraits)

DISSONANCES #21 | LE VIDE
Soleil balsamique
“Un rat survit après avoir laissé son sang sur le sol d’une cuisine. Derrière une rangée de pivoines jaunes et oranges, des gens en costume parlent portugais. Fleurs et costumes égayent un balcon étroit avec vue sur un ciel figé. Les ouvriers sur le toit voisin suivent des yeux, menton vers le haut, rétines à la merci du soleil, des jambes nues qui cherchent à brunir. Deux cents japonais courent dans une rue déserte et effrayent un type qui sort sa poubelle. Jeanne Moreau jeune a déjà les joues qui tombent. Un klaxon parvient jusqu’à la chambre – d’un bateau, d’un camion ? Un chat sourd de l’oreille gauche fait des tours sur lui-même sans comprendre d’où vient le bruit. Elle dit : « Je n’ai plus peur de l’avion quand on est ensemble. S’il arrive quelque chose, nous partirons en paix ». Le jour éclaire la mer, les pins et l’horizon ; tout est bleu, vert et jaune. Des poils poussés trop vite sous une arcade sont arrachés pendant qu’une bouteille de Pommerol attend d’être dépoussiérée et bue. Une cuillère léchée à la va-vite repose sur un bureau bon marché. Des avions passent haut entre les immeubles avec un bruit de moteur sec. Jeanne Moreau roule par terre sous le poids de Mastroianni et crie qu’elle ne…”