GIBOURG Pascal (extraits)

DISSONANCES #40 | CONFLITS
Combat abstrait

“Afficher un visage paisible, intérioriser des conflits insolubles, perdre le sommeil, se réveiller chaque nuit le cerveau saturé de haine et d’impuissance. Crier, gémir, se plonger dans la violence et la vulgarité, appeler à l’aide, ne rencontrer personne. Voir des pendus, des noyés, des défenestrés. Se rêver condamné, se rêver fusillé. Se lever, entamer une nouvelle journée.

Dialoguer avec soi-même comme avec quelqu’un d’autre. Avoir besoin de lui jusque dans la détestation et la maltraitance. Ne pas savoir couper, supprimer, abolir. Découvrir son visage et sa voix derrière toute coupure. Être enfermé, dédoublé. Décider d’entamer un dialogue avec son double par incapacité à ne pas le faire. Séjourner au dedans. Redouter l’extérieur. Fuir.

Tenir tête au silence. S’astreindre. Préparer demain en désertant aujourd’hui. Se retirer. Se rétracter. Descendre. Rapetisser. Ne plus voir. Ne plus penser. Oublier qui l’on est. Ne plus s’adresser à quiconque. Se défaire de tout interlocuteur. Enfin ne plus…”

DISSONANCES #21 | LE VIDE
L’inépuisable vide d’Antonin Artaud
“Dans une formule que l’on pourrait trouver banale, Antonin Artaud parle d’un vide intérieur, interne même, qu’il qualifie d’inépuisable. Le sentiment d’un vide inépuisable en moi est l’expression qu’il utilise dans Histoire vécue d’Artaud-Mômo, le titre donné au texte issu de la fameuse conférence qu’il prononça au Théâtre du Vieux Colombier le 13 janvier 1947, expression qui sous-entend que le vide n’est pas tant un espace qu’il faudrait combler, boucher, mais un plein qu’il faudrait épuiser ou évider, un puits sans eau qu’il faudrait assécher.
L’incommensurabilité du vide extérieur, du vide qui nous entoure et qui s’étend bien au-delà de ce qu’on perçoit – maison, champ, ville, océans, ciel, galaxies – a trouvé refuge à l’intérieur de nous, à la fois pour nous angoisser mais aussi pour nous nourrir, nous ressourcer. Le vide est une faim et une nourriture, un poison si l’on veut mais aussi un remède. Le vide est dynamique, le vide est intermédiaire, le vide est mouvant, mutant, opératoire, il nous défait ou défait nos organes tout en redistribuant autrement l’espace et les nombres qui servent à le mesurer.
Du vide, l’esprit souffrant et créateur extrait péniblement un ordre qui…”