LE GOLVAN Nicolas (extraits)

DISSONANCES #28 | AILLEURS
Béranasi
« C’était le premier jour à Vârânasî, ce Bénarès éveillé, pour quelques heures encore Bénarès. Il n’était que dix heures et nous prenions acte de la chaleur assommante comme un gage attendu au jeu du voyage. Pierre faisait l’intrépide, Florence reprenait ses marques, un peu d’élan, voilà, c’était maintenant. Nous avions de suite loué une barque avec chauffeur pour partir à l’assaut du Gange, nous tenions notre plus vieux pari pour cinq cents roupies plus une rallonge, la caisse commune dégorgeait, on négocierait mieux demain, promesse tenue.
Le spectacle allait commencer, un son-et-lumière de plein jour. Le bateau ne semblait pas prendre l’eau tant que ça, nos fesses s’étaient calées sur les planches du moins sèches, personne ne se sentait autorisé à bouger, à peine percevait-on le moteur du Canon de Flo dans le silence… Ici, les belles lavandières sont des hommes ligneux qui essorent le linge en hélicoptère au-dessus de leur tête ; ils frappent la pierre plate, ânonnent, éclaboussent. Nadège avait eu son baptême indien, on s’était un peu trop approché, déjà. Non, l’instruction changeait tout du ressenti, le bon sens surtout. Je lui avais tendu mon paquet en singeant la douleur. Après s’être… »

DISSONANCES #27 | ORGASMES
Something’s got to give

« – Tu savais que mon père a couché avec Marilyn ?
– Pardon ?
– Oui, Marilyn !
– C’est qui, sa coiffeuse ?
– Monroe, enfin !
– Ton père ? Misère…
– Non ! Je t’assure ! Tu sais bien que, les dernières années, elle couchait avec le premier péquenaud un peu entreprenant !
– C’est sûr qu’elle était chargée. Pauvre enfant…
– Et ce n’importe qui, ce figurant du réel, eh bien, ça a été lui, Papa ! Un hasard terrible, foudroyant ! Imagine ! Un homme aussi neutre que mon père, qui, une fois, une seule, presque par inadvertance, et pour la dernière, croit reconnaître dans une apparition le dos de cette bombasse ! On est en avril 62, elle fait un passage pulsionnel à… »

DISSONANCES #24 | LE MAL
Primal
« Le roi des poules accueille Niat, le nouvel ambassadeur turc en transit jusqu’à destruction intégrale du F5, bâtiment F, escalier 2, le Clos ; un résumé d’évolution qui communique d’emblée au lancer de caillou. Peu de main d’œuvre aura suffit à faire acte de civilisation. Les vingt nuits suivantes sont toutes consacrées à la satisfaction du colon.
Le roi des poules ausculte Garabit, une abréviation de fille dont le véritable nom est touché d’oubli, une étoile à cinq branches tendue, tenue ferme à quatre. Là des pressions de nichons, un gros fourré de poils senti, une dinde pour la voix. L’anatomiste la porterait presque au doigt ; d’une grosse bague tournante, une marionnette avachie, sans rideau qu’un peu d’herbe haute du champ de foot à jamais jamais tondu. Tout cela se ferait à blanc si elle ne bavait pas mal. Le roi des poules ne s’en mord pas vraiment le doigt ; il rapatrie en bouche : il invente l’œnologie.
Des chiens rôdent autour du roi des poules. Des loups abâtardis, sveltes, avec de longues pattes en sous-emploi qui sautillent, qui patientent, qui l’enjamberont dès que sifflés par le maître jamais vu, couché derrière le volet métallique de sa… »