FLAPP Jean-Marc (extraits)

DISSONANCES #27 | ORGASMES
Vas-y Jackie !

« Il est neuf heures pétantes quand Jackie pousse la porte de la salle de sport. Cinq minutes d’échauffement au rameur bien à fond et, quittant son jogging, Jackie nous apparaît en toute majesté, Venus Musculator au torse colossal auquel est ajusté un micro-débardeur portant mention The One, les jambes et les bras (de taureau : stupéfiants) étant à l’avenant et le tout réfléchi (sous toutes les coutures et jusqu’à l’infini) dans les miroirs muraux et le chrome des machines : Jackie se sent très bien. Mais pas là que pour ça (sur autre débardeur : mention No Pain No Gain), sans plus tergiverser il charge le peck deck à soixante kilos, s’étend cou sous la barre, vient accrocher ses mains fermement à icelle qu’il soulève comme fétu pour une série de vingt suivie d’une de quinze suivie d’une de dix, après quoi se relève pour sautiller un peu en agitant les bras, charger à quatre-vingts, repasser sous la barre, inspirer, la reprendre, faire une série de quinze puis une série de dix puis une… »

DISSONANCES #23 | SUPERSTAR
Crépuscule d’un dieu

« ton jet perso se pose et glisse en bout de piste tu finis ton whisky avales les glaçons te tournes vers le monde toujours aussi lointain contemples le tarmac aveuglant au couchant à travers le hublot et les verres violets des lunettes de soleil que tu ne quittes jamais si ce n’est pour dormir et encore pas tout le temps tu vois ne penses pas tu es sur mode hébété c’est bon ça peut durer pas envie de bouger mais une voix te ramène c’est pam qui te demande en échos si tu es prêt es prêt prêt c’est idiot rigolo tu hausses les épaules entends tes gardes du corps déconner quelque part tu dis juste un moment mon manteau et ma trace ils sont là ils t’attendent le manteau igor l’a et ma trace voilà le tube de platine que tu portes en collier tu le fourres dans ton nez elle te tend le miroir narine gauche narine droite la coke te secoue ça aussi que c’est bon et tu es debout alors sans trop savoir pourquoi et pas du tout comment tu titubes et te tasses putain je suis crevé tu es bourré déchiré incroyablement las et tu vas te rasseoir mais igor et luigi te dépassent d’une tête costards et lunettes noires caricatures tu te marres te prennent sous les bras t’enfilent ton manteau t’emmènent vers l’avant tu flottes tu es où devant toi une... »

DISSONANCES #21 | LE VIDE
Saut de l’ange
« puisqu’il n’y a plus rien étendu sur le dos et les yeux au plafond tu t’écoutes respirer tu sais que tu as ta dose mais marre absolument de tous ces os qui craquent tu presses le bouton et la morphine court qui s’engouffre et t’inonde un éblouissement tout le corps aboli douleur évanouie tu dis dieu que c’est bon tu n’es plus que du vide et n’as en même temps jamais été si plein car le vide c’est du rien qu’une chose contient et tu es cette chose et beaucoup plus que ça n’ayant plus de contours détaché et entier tu es tellement content d’autant que pile à l’heure débute la grande parade que tu veux applaudir mais tu n’as pas de mains puisqu’il n’y a plus rien et tu le connais bien ce joli lapin blanc sur décor de jardin petit lapin malin qui passe à fond de train secouant sa queue houpette et qui hoche la tête c’est une chanson bête caquète une poulette que tu connais aussi car elle s’appelle henri c’est bête tout autant elle avait donc raison c’est une sage poulette tu ris et elle aussi et puis elle se dissout dans un froissement doux tes yeux se sont rouverts sur le plafond très blanc comme l’était le lapin et tu hoches la tête saluant le feuillage derrière la fenêtre du grand arbre bruissant sous la brise du… »