DISSONANCES #34 TRACES

mai 201848 pages / 5 euros
mise en images : 
Armelle LE DANTEC

ÉDITO : EN-QUÊTE

La blessure saigne encore sous la cicatrice, l’étoile abolie brille toujours au fond de l’œil qui en contemple l’éclat comme cette encre signe une absence qu’elle désigne en creux. Le passé décidément ne passe pas, s’accroche au temps, y laissant subsister d’infimes lambeaux d’où s’exhale le parfum d’un monde équivoque où le réel et l’imaginaire se mêlent. Quelle aubaine pour le rêveur qui trouvera dans ce sillage mille portes à ouvrir. Vingt-sept auteurs ont laissé dans les pages de ce 34ème numéro autant de traces que suivront celles et ceux qui savent qu’un signe n’est qu’un manque en forme d’appel, une lumière jetée sur l’ombre comme les Néons de Denis Belloc ou les formes aux contours incertains que nous propose Armelle Le Dantec, à la fois indéterminables et étrangement tangibles. Autant de pistes de lecture à tracer avec pour compagnes de route la verve de Nicole Caligaris et l’impressionnisme de Mary Cassatt, deux pionnières nous invitant à délaisser les voies bien balisées pour frayer des chemins de traverse.

Côme FREDAIGUE

DOSSIER « CRÉATION » : TRACES

Jean-Christophe BELLEVEAUX : Labiles cicatrices
« feu libre de manger le bois la sciure des fourmilières yeux pour regarder l’incendie plumes aussi dans le tourbillon duvet blanc léger un peu de sang collé cinq roseaux graciles mal alignés œil encore pour regarder les foulques dans les herbes brûlure dard de l’… »

Luna BERETTA : Victime
« De la pointe du couteau, je soulève un morceau de mozzarella sans oser relever les yeux. Un voile trouble me fait voir grossièrement la pizza, par couches de couleurs – vert basilic, rouge tomate ; ce doit être l’alcool car je ne pleure pas. Sachant déjà qu’il est trop tard, j’… »

Marianne DESROZIERS : Obstruée
« Boule dans la gorge
Depuis longtemps
J’… »

Arnault DESTAL : Un sale quart d’heure
 » – Vous devriez pouvoir faire l’impasse sur le Luminol.
Elle avait dit ça comme on regarde un feu d’artifice dans une ville que l’on rêve de quitter. Il faut dire qu’il y en avait jusqu’au plafond. Les traces de transfert se mêlaient aux… »

Hélène DUC : Sans laisser de traces
« Il rentre tard, il rentre ivre, en colère contre le monde entier. C’est jusqu’à son ombre qui pue l’alcool. Titubant, il t’attrape par les cheveux, s’essuie les pieds sur ton âme, écrase son mégot sur ton cœur, respire ton visage blême, déjà entre sueur et larmes, te postillonne son… »

Marc DURAIN : En mémoire
 » Chaque message que j’envoie est une marque d’activité.
Tout est journal –
Toutes les marques de vie sont dûment… »

Arnaud FORGERON : Vue de hamac
« réduire
la cadence des pas
regarder le… »

Isabelle HUBERSON : Draps : brique rouge rubis #B50032
« Mon côté à gauche, zébré de 3 longs fils capillaires bruns, s’étoffe dans la nuit de micro particules et sécrétions corporelles, festin d’une armée d’acariens qui se transformerait en pouponnière si je faisais mon lit. Absorbés par le textile de l’oreiller des résidus invisibles de… »

Annie HUPÉ : Conversion
« Renverse jésus
au lieu d’en chercher les traces
et… »

Jules ICARD : Débâcle
« Le studio est comme je l’ai laissé : ce serait mentir d’écrire qu’il vibre de sa présence, mais il n’est pas muet non plus. Il est venu manger tout à l’heure avant que l’on aille boire une bière près de San Giacomo dell’Orio. Puis je me suis assis avec lui sur un banc, il m’a dit ces choses, il… »

Ingrid S. KIM : La fugue
« Mais j’ai dansé dessus moi Pierrot en armure
Moi quand je lui disais j’irai la décrocher j’irai te la chercher moi pas des mots en l’air
Héritage insensé des poètes des fous des pianos vers le ciel à pleurer dans son… »

Frédéric KNERR : Stigmate
« À moi, Abdellatif, le laveur des morts, on a demandé de donner soin au visage de cet homme qui fut grand parmi les hommes et homme de bien parmi les grands du vaste monde, qui fit de sa vie une fable pour les enfants et un conte pour les vieillards. Cet homme qui fut le… »

Lionel LATHUILLE : Cinq temps du photographe
« 1. De dos. Faire une photographie de dos. Je précise : en remontant le cours de la lumière. Faire une photographie qui ramènerait celle ou celui qui était là et qui n’y est plus. Faire une photographie qui rendrait le regard qui a quitté le lieu où nous regardons maintenant. Non… »

Marie LO PINTO : Trace d’aucun
« on émerge les pieds parallèles la tête haute hors de tous paramètres on cherche le sujet devant soi on tend les bras rien ne bouge comme pour dire attraper quelques spectres comme pour mieux entendre les voix quelques mots venus d’on ne sait où on creuse des… »

Thibault MARTHOURET : Les soirs d’orage
« Lettres, photos, partitions, déposées au fond du grand sac,
corde et gorge nouées, nylon tressé, je l’ai enterré là
où le cours du ruisseau forme… »

Marie-Hélène MOREAU : Le ruban rose
« La poussière se soulève à chacun de ses pas. Une fine poudre blanche qui s’envole et flotte légèrement juste au-dessus du sol. Puis retombe. Ses pieds en sont couverts. Son regard s’égare dans les creux du chemin. Il frôle chaque pierre. Puis se perd au-delà, parmi… »

Romain PARIS : L’outremer du ciel
« L’œil au cœur de la nuit, l’Âme se lovant au creux de cette feuille de figuier, et la chair sous ce sirocco d’or. Voilà : ton sourire illustre tout à trac l’outremer du ciel. L’orbe du Deuil. Est-il toujours facile de pister qui s’en va ? Cette trace d’incertitude, d’affliction, de… »

Fred PELÉ : Les frasques des traces
« Sans papier,
J’étais parti pour faire pipi.
Puis… »

Juliette PENBLANC : Rien (n’)aura eu lieu
« Le lac n’est plus qu’un mot
convoque miroir
à force de le tourner contre son… »

Carine PERALS-PUJOL : Pas
« je compte tes
/ pas en moi
je compte et j’énumère tes… »

René RALF : Pure perte
« la neige gomme tout
trottoir
métro… »

Daniel RIVEL : Novembre à marée basse
« dans le flou
d’une écriture d’eau
sur des marges de peu de… »

Yoann SARRAT : Phlyctènes
« Maria est née il y a 43 ans avec les jambes en forme de Z, les bras atrophiés et la langue surdimensionnée, sortant alors continuellement de sa bouche comme sa bave qui pourrait remplir des piscines. Elle s’exprime par grondements, mugissements, sifflements… »

Axel SOURISSEAU : Bulletin Archéologique Lombavien
« L’ouverture du tombeau, longtemps attendue, au lieu de révéler enfin sa nature définitive et la fonction de son propriétaire, n’a soulevé que de nouvelles interrogations. Si le sigle dynastique (fig. a) et sa variante (fig. b) est partout présent sur le site et signale sans équivoque… »

Anaïs VARLET : Entendu dans l’interstice
« Pour te réconcilier
avec l’ineffaçable
il y a ces… »

Julien VIGNERON : La philosophie du pain de mie
« Premier post-it : J’ai passé une nuit délicieuse. Je n’ai pas voulu te réveiller, sachant que tu ne travailles pas le vendredi.
Deuxième post-it : J’aurais bien aimé resté au lit avec toi. Appelle-moi dans… »

Olga VOSCANNELLI : Mausolée
« Tu vas leur dire tout ce que vous aviez construit ensemble, tu vas produire vos relevés d’années communes, vos notes, vos paperolles, vous étiez déjà quittes. Assise devant le secrétaire, tu les tiens dans tes mains, aussi sèches. Lesquelles au juste s’échappent en… »

PORTFOLIO : Armelle LE DANTEC

« Armelle Le Dantec dessine. Les formes qu’elle nous propose résultent de la juxtaposition d’une infinité de petits traits, drus comme une pluie fine, mais comme dirigés par des champs magnétiques invisibles et contradictoires qui orientent le sens de… »

RUBRIQUES « CRITIQUE »

DISSECTION (21 questions à un(e) auteur(e) connu(e)) :
Nicole CALIGARIS
« Écrivez-vous plutôt « pour » ou « contre », « dans » ou « hors », « malgré » ou « à propos de » ?
Ma poésie fait feu de tout bois ; comme le dit Hannah Arendt dans une éloquente entrevue : l’esprit humain a plus besoin de cohérence que de vérité, quitte à épouser une… »

DISJONCTION (4 regards croisés sur une oeuvre remarquable)  :
Néons (Denis BELLOC)
« Comment se construit-on à l’ombre de quelque chose que l’on a en partie oublié, faute de l’avoir tout à fait vécu ? 38 ans après le W de Perec, Nicole Caligaris raconte comment le souvenir opaque de sa rencontre avec Issei Sagawa a façonné sa carrière d’écrivain. Mélangeant... »

DISSIDENCES (8 coups-de-cœur de lecture)  :
Éric ARLIX : Golden hello
– éd. Jou
« Bienvenue à tous les Asphidimorpha-sanctaecrusis-salariés : Éric Arlix nous refile sa vision du monde méta-contemporain quand celle-ci croise et/ou percute / ou gît dans / celle de l’Histoire du libéralisme. On a déjà vu approchant en lisant Ballard, Volodine, Damasio, Bégout… »
Nicolas AZALBERT et Eduardo CARRERA : L’Argentine malgré tout – éd. Warm
« Une adolescente en robe d’été dort à plat ventre sur un lit pas défait, la lumière du jour occupe les murs vides ; on devine les rêves chancelants d’une sieste aux heures moites de l’après-midi. Format carré, immobile, elle ne se réveillera pas tout de suite et dans ce corps… »
Violaine BÉROT : Tombée des nues – éd. Buchet/Chastel
« Tout d’abord il y a le jeu littéraire, éternelle gourmandise pour les amateurs du genre. À la manière de Marelle de Julio Cortázar, Tombée des nues peut se lire soit de manière linéaire, soit en suivant l’ordre des chapitres indiqué par l’auteure. Deux manières pour le lecteur de… »
Jean-Jacques DORIO : Poèmes à ma morte – éd. L’Harmattan
« « Ma femme sort de son coffre de pierre / Faisant flotter son écharpe de secrets ». Que meure subitement l’être aimé et la vie du survivant entre en jeu – de vers, de carmen et d’échos : soixante-trois auteurs convoqués sur l’autel où gît un cœur, il n’y va pas de… »
Frédéric PAULIN : La peste soit des mangeurs de viande 
– éd. La Manufacture de livres
« « Il y a d’abord l’odeur. C’est une odeur écœurante, âcre, qui oblige à ne plus respirer que par la bouche et qui rappelle en permanence ce qui se passe derrière les murs gris. Une odeur de viande. Une odeur de mort. Parce que derrière ces murs gris, des milliers de bovins sont… »
Éric PLAMONDON : Taqawan – éd. Quidam
« « Il y a quatre cent millions d’années, à l’époque du Dévonien, les poissons sont rois. » Le saumon, Taqawan, fut roi, il est aujourd’hui proie et l’étendue de son territoire, de la rivière à la mer puis à nouveau à la rivière, ne le sauve pas. Moyen de subsistance, objet de… »
Lou SARABADZIC : Ensemble – éd. La Crypte
« Ce livre, c’est un peu comme un album photo : tout en instantanés (courts textes : touches sèches, intimes, distanciées) donnant à voir des gens et des scènes de vie dans leur banalité, il ramène à l’esprit une époque et un monde qui pour être passés n’en ont pas moins été un… »
Marc TISON : Des abribus pour l’exode – éd. Le Citron Gare
« Des Abribus pour l’Exode : un grand « Chut ! » après la Tempête. Marc Tison porte sa lucidité de boucanier aguerri en bandoulière. Car « La nuit elle se voit par nos yeux de lumières. » Au cœur d’une Rêverie aurifère. Réfractaire au raffut quotidien. Fraîcheur de… »

DISGRESSION (carte blanche sur un domaine autre que la littérature)
Anne MONTEIL-BAUER : Mary Cassatt, pas l’élève de Degas
« Elle / Mary Cassatt (1844-1926) / a peint / dessiné / gravé / ce qu’il y avait autour d’elle / des femmes qui prennent le thé / des femmes qui lisent / des femmes qui s’occupent de leurs enfants / les baignent, les peignent, les vêtent, les portent / les couchent, les… »