COVOLO Thierry (extraits)

DISSONANCES #33 | FUIR
Une fille à marier
« Honk se réveille avec une sérieuse gueule de bois.
Il a joué aux dés une bonne partie de la nuit avec des types qu’il ne connaissait pas. L’un d’eux avait amené plusieurs bouteille d’un alcool plutôt correct, sûrement volées quelque part. Des filles sont passées. Ils se sont battus pour elles – sa mâchoire est douloureuse et sa pommette droite est entaillée – mais il a eu le dessus : l’odeur d’une des filles est encore sur lui.
Honk attrape le pichet à côté de sa paillasse. L’eau tiède ne parvient pas à éteindre sa soif. Un peu d’air frais aidera peut-être à desserrer le bandeau qui lui broie les tempes, enfonce ses yeux au fond de ses orbites. Il se lève et enfile son pantalon. Ses poches sont vides. Probablement les dés, ou alors la fille. Il hausse les épaules. Après tout, peu importe. Il a passé un bon moment. Quel meilleur usage faire de son argent ? Il sort sous l’auvent de sa cabane, tire la porte derrière lui et s’assoit sur le banc. Il cligne les yeux. La lumière est vive. Le soleil est déjà haut. Sur le marais, les barques sont dispersées çà et là. Il doit être autour de midi. Des pêcheurs déballent leurs casse-croûtes, regardent en coin vers lui et tournent précipitamment la tête quand il soutient leur regard.
Honk sursaute quand il entend la petite approcher.
Il sait qui elle est. Elle vit dans le coin. Son père… »