PERETTI François (extraits)

DISSONANCES #33 | FUIR
Tirons-nous
“C’est le boxon dans la pièce y a un lit à gauche, on a mal fixé les trucs en bois qui coulissent ça couine à chaque mouvement les piles de draps atténuent le roulis, j’ai le corps tortillé de vieux vêtements la cravate béé au cou comme une corde à pendre, et j’y passerais en serrant le noeud bien fort.
Tirons-nous.
J’écris pour gagner du temps – bourrine un sac file, balance tes pompes dans un wagon, va te pincer plus loin ; faut qu’on saborde / Quoi ? Tout Ouais je t’assure, fuir j’y ai pensé l’idée tourne, ça mouline comme une soucoupe foraine l’échine hérissée d’épines, ça gueule j’ai peur que ça dure et qu’on s’y fasse à force, faut que j’écrive là-dessus mes mots il en reste plus grand chose, comme si je bloquais mes touches aux mêmes trucs que d’hab. C’est la grande heure qui vient, pointe sa Dukkah crocs tirés, faut tailler, tes veines ou la route, on a pansé nos mondes d’un grand drap blanc des mecs en tailleur prient autour, agitent des fanions dansent, mais rien ne change, tu m’entends, TOUT EST DÉJÀ SEC, les poètes griffonnent à la morgue. Range tes…”

DISSONANCES #32 | NU
À la rue
“Les toits malmènent mon ciel, à la rue – longs serpentins de soleil chevelures de gouttes azurs carrés piquants – et mes Saintes cloches sans tunes, qui hurlent et boivent braillent entre elles, tapent leurs cuisses fixées de rire puis tirent la tronche enfilent leurs ganaches tristes comme des loups de macadam. Mes potes de crasses poussent plus bas, toujours on les aide bien pour ça ; on naît poussières mais eux squattent les grains à vie s’y roulent, complus à ce grand jeu de rôle pleurent des scènes – mon peuple nu frotte au sol des bas-fonds. On n’est vraiment à poil qu’ici. Ni dans tes draps en soie satinés de tétines ; ni dans ses bras d’albâtres au chaud d’une plage de Corse motel minable chambres de bonnes exposées plein Sud. Le goudron t’accouche comme tu l’es vraiment. Y a pas de fard aux briques. Quand tu y dors et vis, et mange, la rue est ton seul intérieur – plus de tissu à lui effeuiller – rien que cette peau, rêche camée grise comme un morceau de trottoir c’est ton seul apparat, ta grande robe de chair marbrée de bleus. Pour la plupart des gens avoir des choses à perdre est un bon début on a choisi de ne rien laisser au reste comptant les pavés – assis – comme des jours dans le crachat des autres, tous ont leur place ici sauf…”