CHAUVET Christophe (extraits)

DISSONANCES #37 | IMPUR
La tueuse
“Je t’ai vu. Allez. Sors de là. Tu m’connais quand même. Je viens tous les jours. C’est pas la peine de prétendre. Puisque je t’ai vu. Elle enfonce un brin d’herbe pour faire sortir le criquet de son refuge. Mais le criquet s’obstine et Marie perd patience. Elle frappe du pied l’endroit où l’insecte s’est réfugié. Elle écrase l’entrée de son tunnel de plusieurs coups de talon, avec les deux pieds, puis se met à courir. Puisque c’est comme ça. Puisque tu veux tant te cacher. Te voilà enterré. Marie s’avance jusqu’au bord de la rivière. Elle s’allonge sur la berge. Elle coule ses mains dans l’eau, les ramène contre elle pour y porter sa bouche, répond à son image en y plongeant ses lèvres. Le dos arqué, pincé, suraigu, lapidaire. Elle se fige. Le sang s’écoule, s’échappe entre ses cuisses qu’elle referme, fermant les yeux au ciel. Elle saigne pour la première fois. Elle croit qu’elle va mourir. Elle croit que toutes les jeunes filles de son âge meurent de cette manière. Elle n’a jamais connu l’amour que par un baiser sur l’oreille et ne sait pas que cet amour est lié à un organe du ventre. Elle effleure du bout des doigts l’intérieur de sa jambe. Contre sa joue, sa jouette, sous la pupille. Elle ramène plus près d’elle la vision de son sang. Son visage…”