AZAREL Jean (extraits)

DISSONANCES #31 | DÉSORDRES
Le trou savant
“Depuis le temps qu’on m’en a mis autant que j’en ai mis, par petites touches fournées tractopelle à tire-larigot en giclant en saignant en crémant en mouillant en séchant par grand soleil par tempête par grêle par parapluie gémissements grâce effroi silence criquets pèlerins café gourmand chantilly pardons depuis le temps que j’en suis pleine des psychanalyses des flash-back des coquilles d’œuf du printemps arabe de cotons de térébenthine de la parole de dieu de celle des prophètes du sperme millésimé des amandes effilées du vin jaune des cris des amants des caresses des fiancées des portraits des tableaux des livres des langues des nains en plâtre des vibromasseurs des morilles des étouffements de la gnose la fève dans le gâteau le lierre sur les parois un ressort de matelas les angles morts le clou de girofle dans le périnée le vomi la vodka les cactus la misère les verticales déséquilibrées le tampon les pinceaux les écarteurs les restes de coquillettes la palangre le piquant des chardons qu’ils disaient jonquilles les chemises de soie tournées guenilles depuis le temps que ça prolifère que ça scintille que ça réfléchit que ça schlingue que ça pullule que ça gobe que ça mûrit que ça chauffe que ça pourrit que ça constrictor que ça…”

DISSONANCES #29 | TABOU
Mater Infanticidium 
“Maman, maman
J’humide
Je me lave
L’eau monte et je ne peux pas parler
J’ai froid dedans
Je m’entrechoque
Pourquoi tu m’as mis là
Pourquoi tu ne pleures rien
Maman, maman
L’eau rentre dans mes narines
Elle se répand dans ma gorge, elle court dans mes veines, elle masse mes tétons
C’est tout sombre dans moi ça gonfle dans mon corps
Maman, maman
C’était bien tes câlins, le savon, la poussette, ta…”

DISSONANCES #22 | RITUELS
Démaquillage

“Comme d’habitude, tu t’es réveillé à trois reprises dans la nuit. Une fois parce que quelque chose dont tu ne te souviens jamais au réveil t’a turlupiné. Une autre pour aller pisser. Une dernière pour boire de l’eau. Quand tu ouvres les volets, il fait beau. Dehors, le chat a pris une posture de sphinx face au soleil levant. Il lape ses premiers rayons comme du lait, les yeux plissés, impassible. Comme à l’accoutumée tu racles les cendres du poêle pour les faire tomber dans le rectangle de fer qui sert à les recueillir avant de les répandre dans le jardin. La gelée blanche fait croustiller les feuilles mortes sous tes pas. Puis tu prépares ton café, fait griller trois tranches de pain que tu beurres.
C’est samedi mais si c’était dimanche tu ferais pareil. Décembre te plait bien. Les frimas rendent les choses transparentes. On voit plus loin. Les paysages dévoilent une nudité sage, sereine. Dommage que le froid n’agisse pas pareillement sur les gens. Ils rajoutent des couches de vêtements, disparaissent derrière les bonnets, les écharpes, de longs manteaux. Comme s’ils avaient plein de secrets à cacher. Toi, tu as un...”