ALBECK Barbara (extraits)

DISSONANCES #19 | IDIOT
L’idiot du stade
“Ne pas se laisser défaire : garder le moral, c’est le défi. Il me refuse, qu’à cela ne tienne, il n’y a pas de quoi s’en formaliser. Être fair-play, prêt-feu-partez, chacun son rythme, ne surtout pas le brusquer. Tant pis si je file et si lui n’avance pas, il faut s’y faire et s’y plier : je suis sûre que tôt ou tard il finira par se lancer.

Non, la plaie. Marre de mettre les formes, qu’il aille se faire voir. Je suis formelle, c’est un idiot, coincé derrière sa ligne par peur de gagner. Jadis un premier faux départ et maintenant plus possible de bouger. Sur les bras, des valises mal fermées où déborde un bordel qu’on lui a refourgué. Un poids trop lourd pour avancer. Idiot qui ne sait pas s’en débarrasser, qui confond encore passé et fatalité, et qui au coup de sifflet ne fait pas même un pas.

Ca n’est pas faute d’être là, les bras tendus, prête à réceptionner. Mais je n’arrive à rien derrière la ligne d’arrivée, même plus à l’attendre. Encouragements, patience, dureté, rien de tout cela n’y fait : la distance demeure inchangée. Au loin je le vois qui me dévore des yeux mais qui ne me regarde pas. Tout le monde sait, personne ne lui dit rien. Où…”